HOMMAGE A PIERRE GERMAIN ENCONTRE PAR PAUL ET CHARLES PASTRE.


Rédigé par Paul PASTRE et son frère Charles PASTRE, publié le 03/06/2008.

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PIERRE GERMAIN ENCONTRE ( 1809 - 1853 )


          POETE - FELIBRE ET DEPORTE POLITIQUE


Continuant la série des causeries sur la vie des hommes nés à Marsillargues, ou y ayant vécu, nous parlerons aujourd'hui de Pierre Germain Encontre, dont le nom a été donné à la rue Jules Guesde.
Pierre Germain Encontre est né le 9 juin 1809 à Marsillargues.
Il était fils de Paul, agriculteur et Flore de Féline.
Intelligent et travailleur, il fit de solides études, concrétisées par l'obtention d'une licence de lettres.
Il se maria à Marsillargues, le 31 août 1844 avec Adeline Daniel ; ils eurent, si nos renseignements sont exacts, trois enfants : Paul Jules, né à Marsillargues le 2 avril 1845, Flore, née à Nîmes le 10 Novembre 1847 et Auguste dont nous ignorons le lieu et la date de naissance.
Possédant une vaste érudition, Pierre Germain Encontre eut, malgré la brièveté de son passage ici bas, une vie remplie et très mouvementée.
Poète, félibre et homme politique, il a laissé de nombreux écrits, parmi lesquels " Epître à Monod sur le Méthodisme, Una coursa de bioous, Inondation, Florette, des discours politiques et des chansons patriotiques ".
On a dit de lui avec juste raison : "  Qu'il a chanté les courses de taureaux dans ses poèmes et la liberté dans ses chansons patriotiques ".
L'Epître à Monod sur le Méthodisme, écrite en 1838 et comprenant 457 vers, est la réaction d'un protestant réformé à la venue à Marsillargues du célèbre Prédicteur Méthodiste Adolphe Monod ; celui dont Lacordaire a pu dire : " il est notre maître à tous ".
Guizot "  Qu'il assiégeait pour ainsi dire les âmes avec une ardeur savante " ; et que Paul Stopfer comparait à Bossuet.
On reprochait aux Méthodistes d'apporter un mode de piété différent de la vieille tradition et de désunir les protestants réformés.

Pour vous permettre d'apprécier le ton et la vigueur des vers de l'Epître à Monod, en voici la prologue et la fin.


Brillant prédicateur dont la verve féconde
A la foi d'un parti veut convertir le monde,
Orateur éloquent, de qui l'accent vainqueur
Sait réveiller l'esprit et remuer le cœur,
Monod, ta mâle voix, vient de se aire entendre.
Dans la lice, aujourd'hui permets-moi de descendre,
Sur l'arène, je veux m'essayer avec toi,
Athlète que soutient le rocher de la foi ;
Et l'on se souviendra, si je suis téméraire,
Qu'il est beau d'attaquer, un vaillant adversaire.

Pourquoi, frères, pourquoi vouloir se désunir ?
Pourquoi teindre de noir le douteux avenir ?
Pourquoi dans la Réforme, encore une réforme,
Et d'un parti bâtard la croyance difforme ?
De vos frères en Christ êtes-vous donc jaloux,
Frères, de les livrer au Celeste courroux ?
Et, fils dénaturés, dans cet affreux partage,
De garder pour vous seuls le divin héritage ?
Pourquoi dans votre rang ce salut exclusif ?
Pourquoi dans votre foie ce ton affirmatif ?
Pourquoi vous montrez-vous absolus en croyance ?
Dieu vous a t'il chargé du soin de sa vengeance ?
Dieu vous a t'il si bien éclairé la raison,
De votre intelligence agrandi l'horizon,
Que vous puissiez sonder les sublimes mystères
Et les décrets du ciel, inconnus à la terre ;
Mais, chers frères en Christ, qui divisez nos rangs,
De cette prescience, où sont donc les garants ?
Voudrez-vous nous montrer votre foi pour vos œuvres ?
L'on ne voit parmi vous que de petites manœuvres,
Que fol esprit de secte et petits intrigants,
Que gens aux cœurs tarés et fous extravagants ;
Croyants, si c'est ainsi que votre grâce opère,
Peut-elle triompher ? Pour moi, j'en désespère,
Je crains, je crains pour vous une défection,
Car il me semble assez que la perfection
Devrait être en raison de votre petit nombre,
Vous êtes éclairés, les autres sont dans l'ombre ;
Les autres sont l'ivraie et vous le pur froment ;
La différence est grande, à notre détriment ;
C'est la clarté du jour opposée aux ténèbres,
Ou le cierge brillant à des torches funèbres,
Mais où tenez-vous donc cette douce clarté ?
Montrez-nous le flambeau de cette vérité
Qui ne sauve que vous et damne tous les autres.
Non, non c'est de l'erreur que vous êtes apôtres
Vous n'êtes pas plus saints que ceux que vous damnez
Par vos œuvres, comme eux, vous êtes condamnés.
Vos femmes, il est vrai, quittent bien leur dorure
Mais elles ont le soin d'augmenter leur parure,
Vos riches partisans, négociants et lords,
Déplorent leurs malheurs, près de leurs coffres-forts,
Et vont prier Jésus, qui vient dans une étable
Sur le mol édredon d'un fauteuil confortable ;
Où pour suivre Jésus, qui jeûnait au dessert,
Sous de riches lambris où le luxe les sert,
Leur égoïsme étroit, en un moment gaspille
Ce dont pendant un an vivrait une famille.
Lorsque d'autres dévots, alléchés par l'odeur,
Viennent jouer près d'eux le rôle de flatteur,
Et, pour suivre Jésus, qui vient dans une crèche,
Vont flairer leur dîner dans leur bonne calèche.
O, chers régénérés, vous êtes de vrais saints ;
Quel dommage pourtant, que vos cœurs soient mal sains,
Et que la vanité vous ronge et vous travaille ;
Frère, ôte donc ta poutre et j'ôterais ma paille ;
Non, non vous n'êtes point un modèle pour moi ;
La foi de vos croyants est bien loin de ma foi,
Votre culte n'est point le culte de mon âme.
Pour le vrai Dieu, je sens une plus pure flamme,
Non, le ciel n'est point fait pour vos quatre bigots,
Et le démon n'a point préparé ses fagots
Pour rôtir à l'enfer, au gré de son caprice,
Les paisibles vertus aussi bien que le vice ;
Et je le dis encore, ayez d'autres raisons,
Ou cherchez vos croyants aux petites maisons.


Una coursa de bioous, est un poème en quatre chants languedociens, qui fut publié pour la première fois en 1839.
Il était introuvable à la fin du XIXéme siècle.
En 1903, le Fanal journal hebdomadaire du Canton, voulant satisfaire les nombreux admirateurs de la pensée et de l'œuvre de Pierre Germain Encontre, eut recours pour publier ce chez d'œuvre qu'est Una Coursa de Bioous, à une copie manuscrite qu'en avait fait autrefois, le chantre du Dardaillon, Antoine Roux de Lunel-Viel.
Ce poème de 1364 vers est la description détaillée où perce souvent une pointe d'humour de couleur locale, de toutes les manifestations qui se déroulent au cours d'une journée taurine, depuis le départ des gardians aux prés, jusqu'à la bandido qui suit la course.
Avant lui, il y eut Fontanier, Serane te Pierre Pigeaire, après eux, vint Scipion Pigeaire, fils du précédent, il nous a laissé quelques remarquables poèmes dans "  Quaouquas péças dé vers patoués languedociens ".

Voici de longs extraits d'Una Coursa de Bioous.


…Parlatori, d'abord lou premiè de la colla,
Davant de l'escadroun à chival caracola,
A chival, nous troumpant, car per noble coursiè,
N'a pas qu'un miôou bardà, panard et rebousié.
Après el ven Chalou, lou farçur dâou village,
L'homme que sa lou miel lou camin  dâou Sâouvage,
Homme rempli d'esprit, toujours facétious,
Que raconta en camin cent contes curious,
Ounte més tant d'esprit, pren un toun tant baroqua,
Que, per énsi parlà fariè rire una broqua.
Afin per noumà pas lous âoutres cavayès,
Citaren soulamen lou que parei darriès ;
Es Jeannot, grand flandrin, fourman l'arrieira garda,
Et tout mâou fagotà plantà sus una barda.
Sus un maygre chival, lou maygre cavayè,
S'avança en badayant et rgrétant soun yé.
La gouta âou bout dàou nas et la figura terna,
Endormi per mità, s'es vesti sans lanterna,
Car à l'envès, pécayre, a cargat soun gilet ;
Soun col es de travès, sa vesta sans coulet ;
Sans soupiès à sous pès per reteni sas brayas ;
Un debas, d'un coustà, layssa veire sas mayas ;
Quand de l'âoutre coustà l'âoutre debas decen
Et fay veire un boutel qu'es tout d'un avenen.
Tel es dâou cavayè la brianta telleta,
S'ajustan en d'ayco la vesta de telleta ;
Lou pantaloun d'anquin dount soun corps es vesti,
Souta un capel de paya un visage abesti,
Aâourés dâou bon Jeanot un proun fidèle image.
Mais layssen nostres gens marchà vers lou Sâouvage,…
Cependant, lou public es din la proumenada,
Lous camins soun remplis, la riba es encoumbrada,
Es à quâou lou premiè pourrà lous devistà.
  • Soun elles : lous ay vis ; vesez d'aquel coustà,
Vis-àvis d'aquel âoubre.- Alors de cris de joya !
Lou qu'era à dejuna quitta aqui soun anchoya,
Et lou que din lou yé la pigressa reten,
Sâouta, couris de pâou de y'estre pas à tem.
Resta pas din l'endré, tant aquel plesi piqua,
Que lou pâoure goutous et lou paralytiqua ;
Se dis mêma qu'un jour, en un cas tout parié,
Das mâous d'enfant sesida, una fenna en soun yé,
Per lous veyre, voulen pas estre la darnieira,
Sourtiguet, et faguet l'enfant din la carrieira.
Mais lectur incredule, ay pôou que din toun cur
M'accuses d'aquel fait d'estre lou soul âoutur ;
Se counouyssiez l'esprit qu'anima lou village
Trouvariez cependant tout simple moun lengage ;
Trouvariez qu'aquel fait es das pu naturels,
Et poudriei t'en cità vint âoutres de parels ;
Pourtant de dex-et-nôou vole te fayre graça,
Gn' âourà proun ende un soul que tengue ayci sa plaça.
Era un jour fourtunà, lou bon pèra Guyoun
Prechava as habitan la sénta missioun ;
Aou defora, âou dedin, la gleisa era encoumbrada :
Jamay s'era pas vis una telle assemblada.
Guyoun das mes zelàs remuava lou cur,
Et de l'esprit malin anava estre véncur,
Quand din sa perioda, âou pu for de soun zela,
Couris de bouca en bouca una prounta nouvella ;
Lou biôou ven d'arrivà, dis un à soun vesin,
Et pertout se repeta aquel mâoudit refrin.
Desuita disparei nostra foula noumbrousa ;
Resta pas que la flou de la troupa piousa :
Lou brave marguiè, moussu lou desservan,
Un nouvel counverti, lou cler dâou capelan,
Quâouques enfans de cur, tres devotas ridadas,
Que fâouta de galans s'erou pas maridadas,
Moussu lou magister de l'endré, dous panards,
Anfin, per coumpletà, tres ou quatre cafards.
Cependant lou public, fugissen lou sént culte,
Dâou cousta dâou levant se transporta en tumulte,
Din toutes lous quartiers lou bru s'es rependu,
S'era vis arrestà din sa coursa guerrieira,
Et voudié pas passà l'ayga de la riviera ;
Car lou Vidourle es gros : lou perfide elemen
Ven troublà lou public din sous ravissemen.
Chacun vôou traversà la vagua courrouçada,
La barqua chou lous pès manqua d'estre enfounçada :
Chou lous pès flechissent, vint barquets encoumbràs
Traversou lou courent, revenou sus sous pas ;
Enfin, per estre court, ben lêou tout lou village
Se veguet transpourtà dessus l'âoutre rivage.
" Ounte anàs ? pâoures gens ! O troupa de badâous !
Et per quante sujet quittàs vostres oustâous ?
Dis alors à la foula un vigneiroun d'Aymargue ;
Ounte avez vostres yols, ôgens de Massiargue ?
N'es pas un biôou l'objet que cresias rencountrà,
Es una vaca rouja et ven de lavourà. "
Aymargues n'en riguet tres ou quatre mesadas,
Saint-Lâourent n'en faguet l'objet de sas veyadas,
Et Lunel, à soun tour, risent à l'unissoun,
Dessus aquel sujet faguet una cansoun.
Mais revenguen as biôous dount la troupa guerrieira
Dâou puple à souylevà s'avança prisounieira :
Lou puple à soun avança en un pount reuni,
Lou corp joya, en cridant, lous espèra veni.
L'enfant tout réjoui sus un âoubre se quia,
La muraya reçà la fenna ende la fia,
Lous que tremblou de pôou van se mettre à l'escar,
Et lous pus courajous fan muraya de car.
Mais cependant lous biôous, yon de soun marecage,
Et pas habituàs à tout aquel tapage,
A l'aspect d'âou public, espâourugas, créntifs,
Se plantou sus sous pès et se tnou retifs ;
Un d'elles se mutina et tenta una escapada ;
Toutes din lou moumen prenou la debandada.
Vous foudriè veyre alors lou cop d'yol que s'ouffris,
Dedin toutes lous sens lou puple que couris,
Chaqua biôou per fugi fayre una tentativa,
Lous gardians desplegà souplessa et força activa,
Et jusqu'as âou chival de Camargue, dressà,
Aou manège das biôous savammen exerçà,
Segui toujours sous pas, infatigable, avide,
Sans que lou cavayè din sa coursa lou guide.
De biôous, de cavayès la plana se couvris,
L'ordre regna pas pus et la guerre s'ouvris…

…Toutes soun encantàs
Das plésis de l'éndré. Mais quan lous biôous courissou,
Carrieiras, plaça, oustâous, cabarets se remplissou.
Quâou poudrié desnoumbrà lou puple réuni !
Aqui ven St-Lâourent, per lou sourel bruni ;
Per lou mêma camin, Aygamorta l'antiqua,
Que veguet St. Louis s'embarqua per l'Afriqua ;
Dâou coustà dàou levant, pioy veirès defilà
St-Gilles, Béouvesin, Vâouvert et lou Caylà ;
Un péys de noblessa et de misèra, Aymargue ;
Pioy Coudougnan, Vergesa, Aygaviva, Gallargue,
Gallargue que dessus lou coutèou s'espandis
Et ressembla de yon un énorme pastis ;
Uchâou, Miâou, Bernis, Mus, Couvissoun et Naja,
Touta la Gardounenqua et touta la Vâounaja,
Soumeire, Restingleisa et Lunel-Vieil, famous
Per soun antiqua bâouma et soune excelen mous ;
Castria, Couloumbié, St-Brès en de Bayargue,
Lou carlista Mâouyo, loulibérâou Lansargue ;
Et per lou grand camin arriva lou clapas (Mountpeyé)
Mén per veire lous biôous que per lous bons repas.
Mais foou pas âoublidà Nismes, cità roumaina,
Per lous antiques jos de tout tem souveraina,
Que renferma en soun sén un cirque colossal,
Respectà per lou tem, lou diou lou pu brutal,
Cirque dount lous gradins encara se garnissou
Quand la lucha s'ouvris ou que lous biôous courissou ;
Aoussi de tels plésis lou Nimouès es jalous.
Mais lou puple das biôous qu'es lou pus amourous,
Es Lunel. O ! foudriè veire aquela cohorta !
Homme, fennas, enfans, vieyards, tout se transporta
Per lous veire couri ; marchou per escadrouns
Et soun toutes armàs de robustes bastouns.
Per veire aquel plési sa joya es tant coumpletta,
Que se Lunel un jour enfantava un prophetta,
Lou nouvel Mahomet dédin soun paradis
Fariè mettre de biôous en plaça de houris ;
Et per te demountrà, lectur, que ma pensada
Sus lous gens de Lunel es assez ben foundada
(L'âoucasioun ou fay), vole te racountà
Couma aqueste péys se veguet escartà
Dâou celeste séjour : D'oumbras una cohorta,
Lou bastoun à la man, s'emparet de la porta
De St-Pierre suspres, et nouvella Sioun,
Lunel dâou paradis prenguet poussessioun ;
Mais aquella cità turbulenta et bregousa,
Troublava lou repâou de la troupa piousa,
Et lous séns, amoundâou, seguerou resoulus
De la fayre sourti dâou séjour das élus.
Sen Gerard, soun patroun, prenguet soun fait et câousa ;
Mais en d'aquel décret es en vain que s'apâousa :
Tout, d'un coumun accord, decida que Lunel
Es pas digne de vioure en las amas dâou ciel.
Mais cé qué troubla un pâou nostras enta cohorta
Es de mettre sans bru tant das gens à la porta ;
Et dédin lou counsel dâou celeste parvis
S'es pas encara ouffert de favourable avis ;
Cependant lou fautul de l'oratur es libre.
L'ase de Balaam, que parla couma un libre,
Pren la parâoula et dis : " Messius lous ben-huroux,
Per lous fayre sourti sus yéou répâousas-vous ;
Lou tour qu'ay préparà segu vous farà rire. "
Sans doute aqui dessus lou lectur vay me dire :
Perqué din lou counsel l'asé de Balaam,
Parmi tant d'érudits a lou may de talan ?
Se das gens de Lunel avez âousi l'histouèra,
Rappelas-vous un jour de risibla memouèra.
La luna âou ciel brava et l'ayga d'un valà
De soun disque d'argent réflechissiè l'esclà.
De la veire tant près eles se se rejouissou ;
Per la tirà d'aqui d'un pagniè se munissou ;
Mais l'astre ses couchà souta un nuage blu ;
Près d'aqui vésou paysse un pâoure ase goulu,
Que, dâou trin que y'anava en prenen sa mayssada,
Penserou que per el la luna era envalada.
L'ouvrissou per cercà la luna din soun flan
Que crésien de trouvà couma un fourmage blan.
Despioy de Balaam l'ase garda rancuna,
En favou de sa raça âou puple pesca-luna ;
Et n'es pas estounan d'après ce que se dis,
Que per fayre sourti Lunel dâou paradis
Agesse rencountrà lou mouyen lou pu sage.
Ayci couma faguet per lou metre en usage :
Tandis que lous élus attendien din lou ciel,
Per se distrayre, âou biôou, l'engença de Lunel
Jougava, et se livrava ende una joya folla,
Couma fan lous enfans quand sortou de l'escola ;
Alors lou viel grisoun parla à Sen Piere, et dis :
Vite, ouvrissez la porta et vâou dâou paradis
Expulsà nostres gens ; et coumença l'attaqua
En cridant couma un fol : A la vaca ! à la vaca !
Lou mot magique opera et Lunel couma un bâou,
Sans vesta et sans capel couris fora l'oustâou ;
Sé dis, mêma, sé dis, tant aquel mot l'excita,
Qu'âoublidè lou bastoun,  soun arma favourita.
Bref, sourtis dâou séjour das hommes fourtunàs
Et Sen Pierre en risen yé més la porta âou nas…

De l'estable das biôous lou pourtâou s'es ouvert
Et lou corp réuni din lou plan s'es ouffert.
Très fès pesiblamen fay lou tour de la plaçà,
Très fès dessus sous pas couris la populaça ;
Aqui couma pertout l'homme lou pu poultroun
Quand lou dangè finis es lou pu fanfaroun.
Cependant lous gardians ouvrissou la barrieira
Per delivrà das cops nostra troupa guerrieira,
Et de la liça alors lou cadre tant pouli,
S'ouffris de tout coustà sans piétà demouli.
Lous biôous tranquilamen gagnou soun marécage,
L'habitant soun oustâou, l'estrangè soun village,
Chacun vay racountà tant de faits esclatans,
Et lou coumbat finis fâouta de coumbattans.

Le poème " inondation " fut édité en 1840, grâce à Jean Daumas qui possède cet ouvrage nous allons pouvoir vous en donner quelques extraits.


            Inondation du Rhône de 1840 


Là de cent Mas épars, les eaux inondent l'âtre,
Et la vague envahit la cabane du pâtre.
Aigues mortes surprise oppose vainement
Une digue solide au funeste élément :
Déjà, dans les maisons, la misère se rue
Et la faim suit les eaux qui filtrent dans la rue ;
Là le riche St Gilles, au flot impétueux
Mêle les flots vermeils de ses vins capiteux.
Là gémit Avignon privé de nourriture
Bellegarde envahi monte sur la toiture
Aramon, Saint-Esprit là sont hideux à voir
Là Fourques avec Comps placent un drapeau noir
Vallabrègues surtout éprouve la tempête
On dit que dans ses murs, il n'est point de retraite
Et pour fuir l'élément qui désole ses bords
On dit que les vivants logent avec les morts.
Arles qui des Gaulois fut jadis métropole
Qu'embellit Constantin, aujourd'hui se désole
Roquemaure qui vit Hannibal dans son sein
Se débat sous les flots et sonne le tocsin.
Tarascon , Saint Rémy,qui vit naître un prophète
Orgon, Châteaurenard ont de l'eau jusqu'au faîte.
Valence qui d'un pape a retenu les os,
Vienne, antique cité, s'affaissent sous les eaux.
Beaucaire, étonnante cité, fière de ses canaux,
De son pont colossal suspendu sur les eaux,
De ses brillants bateaux, à la vapeur docile
Qui ressemblent de loin à de grands crocodiles,
De son chemin de fer, chef d'oeuvre des humains
Et qu'on dirait qu'un dieu construisit de ses mains
Beaucaire qu'on a vu si brillant tout à l'heure
Maintenant dans les flots, se tord les bras et pleure.
Il voit jaillir les flots sur son pont colossal
Et son chemin de fer se changer en canal,
Et cependant le flot de plus en plus bruyant
Vient augmenter l'horreur du spectacle effrayant.
Oh ! Qui rapporterait les scènes douloureuses
Qui déroulent aux yeux les vagues furieuses !
Des troupeaux de moutons, des chevaux attelés
De charrettes, des bois pêle-mêle roulés,
Des débris de maison, des portes, des charpentes
Des reptiles rampant sur des barques flottantes ;
Des tonneaux d'alcool, des meubles luxueux,
Des taureaux submergés sous les joncs limoneux
De leurs débris flottants couvrent toute la plaine,
Et des corps dégoûtants sont épars sur l'arène.
Attirés par l'odeur des sinistres oiseaux
Planent au-dessus des airs, s'abaissent sur les eaux,
Et de leurs becs crochus, de leurs serres sanglantes,
Dépècent les lambeaux de ces chairs dégoûtantes.

Ah ! Ne nous flattons pas de nos vaines sciences
L'homme acquiert, il est vrai, de vastes connaissances :
Il parle aux éléments qu'il soumet à son frein,
Il pétrit sous ses doigts le salpêtre et l'airain ;
Compressant sous le fer la vapeur du liquide,
Il dépasse l'oiseau dans sa course rapide.
Comme aux temps féériens, sous ses doigts le gaz luit,
Et ramène le jour au milieu de la nuit :
Le télégraphe au ciel, signe hiéroglyphique
Transmet en un clin d'œil la sombre politique,
Et de Daguerre* enfin, le magique miroir
Retrace les objets que l'œil croit encor voir.

Oui l'homme est fort et fier de son intelligence
Il laboure en tous sens le champ de la science,
Mais si la main de Dieu* s'appesantit sur nous
Hommes fiers et puissants, nous plions les genoux.
L'égoïsme le laisse en sa stérilité
Mais il devient fertile avec la charité.

Semez , frères semez ! un doux élan du coeur
Et nous pourrons combler l'abîme du malheur.
                                                             

  • * Daguerre : Un des inventeurs de la photographie.
  • * La main de Dieu ; Pour les athées lire le Destin

Extrait du livre de Raymond Huard et Claire Torreilles,
Pierre-Germain Encontre "UN QUARANTE-HUITARD OCCITAN "

Germain Encontre fut cruellement frappé dans ses affections, le 21 juillet 1849, par le décès de sa fille Florette âgée de vingt mois seulement.

Son cœur de père déchiré ; exhala, avec une poignante sensibilité, sa douleur et ses regrets, dans un touchant poème, intitulé "  Florette ".



                                  FLORETTE


      Née le 10 novembre 1847, décédée le 21 juillet 1849


J'ai souvent chanté dans les pleurs,
Mon âme, d'un crêpe voilée,
Pour la tristesse et les malheurs
Sur mille tons s'est exhalée,
Sous le poids du sort trop cruel
Aujourd'hui ma lyre est muette
Je fus blessé d'un trait mortel
En perdant ma pauvre Florette.

Fille du ciel, pour un moment
Les destins nous l'avaient prêtée,
Douce étoile du firmament,
Les doux Zéphyrs l'ont emportée ;
La mort a cueilli cette fleur,
Comme on cueilli une pâquerette,
Et comme un bouquet sur son cœur,
Un ange a placé ma Fleurette.

Deux fois, les filles du printemps
Ont épanché leurs doux calices,
Depuis que tous mes instants,
Cette enfant faisait les délices.
Les fleurs renaîtront dans les champs,
Les bois reverront la fauvette,
Les oiseaux rediront leurs chants,
Je ne verrais plus ma Florette.

Elle a vécu parmi les fleurs,
Les papillons et la verdure,
Sous les plus riantes couleurs
Son oeil reflétait la nature.
Aussi pur que l'azur des cieux,
Sont front conjurait la tempête,
Et pour talisman précieux,
J'avais le cœur de ma Florette.

Aujourd'hui, père désolé
Je vois gémir sa pauvre mère
Notre bonheur s'est envolé,
Et l'existence est bien amère
Nos cœurs se laisseront briser
Par le souffle de la tempête ;
Nous n'aurons plus pour l'apaiser
Le sourire de ma Florette.

Cette blessure dans mon cœur
Ouvre une blessure profonde :
Ma mère, ange consolateur,
Jeune encore sortit de ce monde.
Ma mère et ma fille " ô tourment "
A nos maux dérobe leur tête.
Toutes deux m'aimaient tendrement,
Toutes deux s'appelaient Florette.

Maintenant, mon Dieu, que ta main
A nos pauvres cœurs l'a ravie,
Fais que sur l'aride chemin,
Nous puissions supporter la vie ;
Nous irons porter nos douleurs
Aux champs où s'ébat l'alouette,
Et croirons trouver sous les fleurs
L'âme de ma pauvre Florette.


Epris de justice et de progrès, Germain Encontre se fit le défenseur des idées républicaines et de la liberté.

Il fut l'un des chefs de l'opposition, rayonnant dans les départements de l'Hérault et du Gard.

Nous avons de lui, le texte d'un discours qu'il prononça, au cours d'un banquet, le 5 novembre 1848 à Nîmes et celui de sa confession de foi. Pour ne pas trahir sa pensée en traduisant cette dernière, en voici quelques extraits.


" Si je mesurais mon existence au bonheur que j'ai trouvé parmi les hommes, ma vie serait de courte durée. Mais quand je repasse dans ma tête les souffrances sans nombre, les angoisses mortelles que j'ai éprouvées, il m'est difficile à concevoir comment les ressorts de mon existence n'ont pas été mille fois brisés ; comment une chétive créature comme moi, a pût résister si longtemps à l'orage.
En effet, comme se fait-il que moi, l'enfant de la nature, moi simple dans mes goûts et n'ayant rêvé toute ma vie que la solitude et le repos, je me trouve au milieu du fracas de la vie ?
Par quel concours de circonstances imprévues et fatales, la providence m'a-t-elle placé à la tête d'un mouvement politique, au point que ma cause devient celle de la République même.
Comment se fait-il que moi, qui ai passé toute ma vie à rêver à l'écart, absolument comme si je n'étais pas de ce monde, je me trouve aujourd'hui accusé d'ambition. Comment se fait-il que moi, qui n'ai rêvé toute ma vie que le bonheur des hommes, je sois appelé aujourd'hui un buveur de sang ; que moi, qui n'ai fait naître sur mon passage que des sentiments d'affection, je sois regardé comme un sauvage, comme un farouche ennemi de la société.
Ô étrange péripétie de la fortune ! Où deviez-vous me conduire ?
J'ai passé ma vie dans l'étude et la méditation. Dès ma plus tendre enfance j'ai été préoccupé des malheurs de l'humanité.
A l'âge ou la raison se développe, j'ai voulu connaître et approfondir le monde, mais je n'ai jamais pu me faire au commerce des hommes : j'ai été toujours rebuté par leur égoïsme, et je me suis tenu à l'écart.
Eh ! Quoi ? Me disais-je ? à quoi servent tous ces beaux mots de vertu, toutes ces protestions d'honneur, tous ces semblants de probité ; si les hommes se déchirent entre eux, si la force brutale en impose à la faiblesse, si la puissance de l'or tyrannise les consciences et corrompt les cœurs ?
Qui pourra porter le titre de sage, sur cette mer orageuse soulevée par les passions humaines où tous les cœurs sont entraînés vers un abîme ouvert à la corruption ?
L'honneur, la sagesse, la bonne foi, la religion, ne sont donc rien que des masques pour cacher ce que la face humaine a de hideux !
La vanité, le sot orgueil s'affublent d'un honneur de parade et l'hypocrisie met le ciel en contribution pour jouir en paix des délices de la terre.
En rentrant dans la solitude et la méditation, je rêvais sur un avenir plus beau, je formulais dans ma tête, et je jetais sur le papier des pensées d'amour pour l'amélioration des classes déshéritées.
Mais on ne peut vivre de l'air pur des champs et de la rosée du ciel, il fallait penser à ma situation sociale, et, contraint d'embrasser une profession, je pris celle qui m'offrait le moins d'antipathie ; je me fis libraire.
Que dis-je ? J'embrassais cette profession avec amour ; je fis de la librairie un sacerdoce, une espèce de mission ; il me semblait qu'un libraire comme je l'entendais, pouvait répandre à profusion les bonnes doctrines, les mettre toujours en évidence, faire passer de mode, au contraire, celles qui peuvent nuire aux hommes.
Par mes connaissances littéraires, par l'apprentissage que j'avais fait à la capitale de l'achat des livres d'occasion, je devais arriver à mon but. En effet, je donnais à des prix extrêmement modiques des ouvrages qu'on ne trouvait pas ailleurs, même à aucun prix. Ma réputation de bon marché fut bientôt faite. Il est vrai de dire que l'amour de certains ouvrages me les faisait souvent donner à perte, j'aurais plutôt payé pour qu'on les emportât. Décidément, je ne suis pas né pour le commerce ; mais enfin, de bric ou de broc, je me tirais assez d'affaire en librairie et je ne mangeais guère que mille à douze cents francs par an.
La Révolution éclata, la librairie fut anéantie : je fondais un cabinet de lecture, je fis venir des journaux de toutes les couleurs, et je commençais à avoir une petite clientèle. Mais hélas : le destin ne m'a pas forgé comme le reste de hommes ; je prends tout au sérieux et ne saurais faire plier ma conduite à mes intérêts. Je déjeunais tous les matins avec une dizaine de journaux ; mais mon estomac ne put se faire longtemps à une nourriture si indigeste. Fatigué de tant de mauvaise foi submergé sous les flots de tant d'impudents mensonges, un beau jour, j'envoyai promener mes journaux et mes abonnés.
Il est vrai, je crois, de dire aussi que mes travaux n'ont pas été tout à fait infructueux et que ma parle n'a pas toujours tombé dans un terre mal préparée. Il est vrai, de dire aussi que dans ce grand combat, je n'ai pas toujours été de main morte, et si je pouvais reproduire aux yeux du public tous les écrits sortis de ma plume, certainement le public en serait étonné. Dans l'espace de moins d'un an, j'ai fait à peu près dix pièces de vers, quatre chansons, en tout près de six cents vers, une vingtaine d'appels, programmes ou avertissements, quatre ou cinq cents lettres politiques ou de commerce, plusieurs brochures, articles de journaux, pétitions, quatre discours, dont un imprimé, environ trois cents discours improvisés à la tribune des clubs et tout cela au milieu de mille préoccupations, au milieu de soucis sans nombre, au milieu d'inimitiés suspendues sur ma tête comme les flots soulevés de l'océan.
Et mes ennemies ont cherché, à faire croire que dans ces travaux, je n'étais guidé que par l'ambition.
Je porte donc bien ombrage à tout le monde. Mais qu'ai-je donc pu faire pour m'attirer ainsi la haine de tous les partis ; oui, de tous, sans même excepter de prétendus Montagnards.
Je ne puis jeter les yeux autour de moi sans voir des ennemies.
L'aristocratie, la noblesse, le clergé, la bourgeoisie, les catholiques, les protestants, les curés, les ministres, les hommes, les femmes, les enfants, le ciel, la terre, l'enfer, tout semble déchaîné contre moi. Je suis comme ces poissons ailés dont le sort est de ne pas avoir de repos ; des ennemis cruels les poursuivent au sein des mers. Pour leur échapper, ils s'élancent dans les airs ; mais là, ils trouvent des oiseaux de rapine prêt à les dévorer. Et qu'ai-je pu faire, grand Dieu ! pour attirer tant de haines sur ma chétive personne ? J'ai sans doute dit de bien terribles choses.
Non j'ai voulu prouver que deux et deux font quatre, que puisqu'on doit s'aimer, l'on ne doit pas se battre.
Si l'on me trouve d'autres crimes, je me soumets à tout ce que l'on voudra. O, qui aurait pu penser qu'il en coûte tant pour faire un peu de bien aux hommes !
Maintenant, j'ai tout sacrifié, tout abandonné pour défendre la République que j'adore et que je voyais menacée. Mes affaires particulières ne sont rien devant la grande affaire générale. Je ne me fais pas un titre de mes sacrifices. Je n'ai suivi que l'impulsion de mon cœur. Je n'ai fait que palper le rêve de toute mon existence. Si le flot révolutionnaire me submerge en passant, si je tombe sous les ruines du vieux temple dont j'aurai ébranlé les colonnes. Qu'on puisse graver sur la simple pierre de mon mausolée : " Celui-ci fut l'ami du peuple ". L'avenir est à l'humanité, mes enfants n'auront plus de père, leur mère, la moitié de moi-même, sera peut être brisée dans la lutte, mais il leur restera une mère adoptive, une tutrice tendre et affectionnée dont les ressources inépuisables combleront leurs désirs ; la République fera le bonheur des enfants de la France.
Heureux, les yeux qui pourront la contempler, heureux les bras qui pourront l'étreindre ; Heureux, les cœurs qui pourront la chérir.
Il était le chef et peut-être le fondateur d'un goupement né en 1848, qui avait pris le nom de Société de la Montagne. Le siège de cette Association était une salle du café tenu par Auguste Féline, dans la rue du Vidourle. Au cours des évènements qui précédèrent le coup d'état du 2 décembre 1851, des troubles s'étant produits à Marsillargues, la fermeture du local de la société " La Montagne " fut décidée et ses membres arrêtés pendant qu'ils y tenaient une réunion. Ils furent traduits en cours d'assises sous l'accusation de rébellion à main armée, de création de société secrète, de cris séditieux, de contrainte de fonctionnaires et d'outrages envers les agents de la force publique. La police politique sévissant sévèrement, presque tous furent condamnés, mais seul Germain Encontre fut déporté en Algérie, d'où il ne devait plus revenir.
Cet homme d'une activité débordante, qui avait sacrifié à ses idées, son avenir, sa situation, sa fortune et sa santé, mourut usé par la fatigue et les soucis à l'Hôpital de Constantine, le 8 juillet 1853, à peine âgé de 44 ans.

Conférence donnée dans la salle de réunion du Château le vendredi 9 juillet 1965.

                        Fable-Exprès

Zéphrin est un humoriste
qui connaît fort bien les classiques
Car, soignant sa vieille bourrique
Il s'écrie sur le ton, artiste.

    Je passe, donc je suis

                                    Echo du Vidourle Août 1948


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