HOMMAGE A MARTIN DE VIGNOLLE PAR MAX DAUMAS ET MARSILLARGUES, IL ETAIT UNE FOIS...


Rédigé par Max DAUMAS avec la collaboration de l'Association Marsillargues, il était une fois..., publié le 03/06/2008.

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MARTIN DE VIGNOLLE ET SA FAMILLE ( 1763 -1824 )


La grande majorité des Marsillarguois a oublié aujourd'hui le souvenir du général Martin de Vignolle qui eût en son temps une certaine notoriété, Son nom, donné autrefois à une rue du bourg, a été gravé sur les parois de l'Arc de l'Étoile à Paris.
Il était né à Marsillargues le 18 Mars 1763 dans une famille de protestants convertis mais restés, sous l'Ancien Régime, secrètement fidèles à leur religion.
Ses ancêtres avaient été au XVIII ème Siècle des artisans aisés, tailleurs d'habit de père en fils.
L'arrière grand père du général, Jacques Vignolle, était déjà un notable, membre du conseil politique.
Les descendants de celui-ci accrurent considérablement leur fortune et s'insérèrent à la haute bourgeoisie du bourg.
Comment y étaient-ils parvenus ?
Il semble bien que ce soit tout d'abord par des mariages avec des épouses issues de riches familles locales, mais a joué aussi la disparition providentielle de branches collatérales sans enfants et dont les biens passèrent par testament à la lignée du général.
Ainsi en fut-il pour les ménages de Marguerite de Vignolle, épouse Bonnet, de Julie Vignolle, épouse Thoras et d'Anne Vignolle, épouse Isnard. Cet accroissement de fortune fit naître l'ambition, chez les garçons, d'accéder à la noblesse par un des moyens souvent utilisés par les jeunes gens des familles bourgeoises de l'Ancien Régime, l'entrée dans la carrière militaire, généralement par l'achat d'un brevet ou d'une compagnie.
Ainsi le grand-père paternel du général, Jacques Martin de Vignolle, époux Vals, délaissant la couture et les ciseaux, étant devenu officier, capitaine major de cavalerie au régiment de Saint-Simon.
De même, le père du général, Jean de Vignolle, époux d'Anne Huc fut lui aussi officier, et un grand oncle, Pierre de Vignolle, capitaine. Ces fonctions ne semblent pas avoir empêché ces officiers de résider souvent à Marsillargues, d'y multiplier les achats de terres.
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Bien que décorés de l'ordre de Saint-Louis, qu'avait créé Louis XIV, et malgré l'adjonction à leur patronyme d'une particule qui, on le sait, ne prouvait rien, il n'est pas certain qu'ils fussent parvenus à devenir nobles, ce qui, outre le prestige, évitait de payer la taille.
Il y'avait donc dans la famille une solide tradition militaire à laquelle devait seul se soustraire le frère aîné du général, Jean Vignolle qui, après des études de droit qui lui avait permis de débuter dans la vie professionnelle comme avocat, adhéra avec enthousiasme à la Révolution, devint pour quelque temps juge de paix et maire de Marsillargues, fut arrêté pendant la Terreur pour sympathies girondines.
Libéré par la chute du gouvernement montagnard, il occupa divers postes administratifs à Montpellier et fit une longue carrière de secrétaire général de la préfecture du Gard.
Il prit sa retraite en 1815 et se retira à Marsillargues où il mourut en 1820.
Ce fut le frère cadet qui renoua avec la carrière des armes et qui, servi par la Révolution et l'Empire, allait faire une brillante carrière et réaliser la promotion sociale dont avaient rêvé ses ascendants.
Alors qu'il n'était encore qu'adolescent, son père l'avait fait admettre comme cadet au régiment de Barrois-Infanterie dans lequel il avait lui-même servi.
La mort de ce père, en 1788, suivie de près par celle de sa mère lui avait apporté une certaine aisance.
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Les biens de ses parents furent partagés entre les quatre enfants en lots de valeur égale, et la part de Martin de Vignolle  - ainsi se faisait-il déjà appeler -  se composait de dix-sept parcelles de bonnes terres, couvrant 45 carterades, soit près de 15 hectares et d'une valeur de 25 000 francs.
Un fructueux mariage vint accroître encore ses revenus.
Au tout début de la Révolution, il épousait en effet, en mai 1779, Madelaine Mourgue, dont le père, l'un des plus gros propriétaires de Marsillargues, donnait à sa fille une dot de 20 000 francs, à laquelle devait s'ajouter plus tard une partie des biens paternels considérables laissés à sa mort, et notamment le domaine de Pétrusse dans la commune de Mauguio.
Mais le jeune homme n'entendait pas vivre en rentier.
Il était déjà capitaine au régiment ci-devant de Barrois l'année de son mariage, et à la différence de nombreux officiers qui démissionnèrent ou émigrèrent alors, il se rallia de bonne heure aux idées nouvelles.
Il participa, dès le mois d'avril 1789 à la révolution municipale, que Marsillargues réalisa plus précocement que la plupart des communes de France (pour Paris par exemple au 14 Juillet suivant), en élargissant le conseil de l'Ancien Régime par l'adjonction des vingt-quatre plus gros contribuables de Marsillargues, parmi lesquels figurait Martin Vignolle, qui avait abandonné - provisoirement - une particule devenue encombrante et qui vota comme les autres patriotes le remplacement de l'ancien maire par son propre frère, Jean Vignolle, dont il a été question ci-dessus.
Il était encore capitaine quand, le 20 Avril 1792, Louis XVI et l'Assemblée Législative, en déclarant la guerre à l'Autriche, allait provoquer un conflit qui allait s'étendre à toute l'Europe et après une brève interruption, durer pendant vingt-trois ans.
Il allait permettre à Martin Vignolle, comme à beaucoup de jeunes hommes de ce temps, pourvu qu'ils aient du courage, de la valeur et aussi une certaine chance, de faire dans l'armée une prodigieuse carrière.
Il participa en effet à la plupart des campagnes de la République, du Consulat et de l'Empire.
Ce fut dans l'armée d'Italie qu'il fit ses premières armes.
Il participa aux batailles de Montenotte, de Lodi, de Castiglione.
Bien vu de ses chefs et du Directoire dont il avait approuvé les coups d'état, il était monté rapidement en grade et devenu général de brigade.
Blessé à la bataille d'Arcole, moins chanceux que Bonaparte ce jour-là, il abandonna les unités combattantes pour devenir gouverneur du Milanais, jusqu'au traité de Campo-Formio, en 1797.
Il fut ensuite ministre de la guerre dans la République cisalpine, un de ces protectorats crée par le Directoire en Europe.
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Il revint en France avec la reprise de la guerre contre l'Autriche.
Son approbation du coup d'état du 18 Brumaire, ainsi que de nouvelles missions en Italie et en Hollande lui valurent une promotion de général de division en 1804.
C'est avec ce nouveau grade qu'il fit campagne en Europe Centrale et qu'il participa à la guerre contre la cinquième coalition, aux batailles d'Essling et de Wagram où il fut blessé et perdit un oeil.
Les honneurs pleuvent alors sur lui.
Déjà grand officier de la Légion d'honneur, il devint en 1808 chevalier de l'Empire dans la nouvelle noblesse créée par Napoléon 1er, puis comte le 31 Décembre 1809.
Sa fortune personnelle connut elle aussi en même temps une nette progression.
Son épouse, bien que restée à Paris lors des nombreuses absences, du général, confiait ses affaires marsillarguoises au mari de sa soeur Julie, son beau-frère Jean Anglas, médecin et maire de la commune.
Se succédèrent l'achat d'une maison, du mas de Saint-Roman, vers 1808 puis des prés et des marais de l'Estelle vendus par la commune.
Ce fut encore Jean Anglas qui défendit les intérêts du couple dans le partage entre les héritiers des biens laissés par Jean Mourgue et notamment la vente du mas de Pétrusse en 1812.
Tout cela faisait de Martin de Vignolle (dont la particule avait fait sa réapparition dans le patronyme après la Révolution) le plus riche propriétaire de Marsillargues après le marquis de Calvisson.
Le général revint dans l'ancienne République cisalpine devenue le royaume d'Italie, dont le roi n'était autre que Napoléon qui le confiait à un vice-roi, son beau fils, le prince Eugène de Beauharnais, auprès duquel Martin de Vignolle remplit la fonction de chef d'état-major, mais resta en Italie pour s'occuper du recrutement de troupes sans suivre le vice-roi dans la campagne de Russie.
Il ne reprit le combat que pendant la bataille de France, en 1813 et 1814.
Il resta en fonction sous Louis XVIII après la chute de Napoléon, mais n'occupa aucune charge pendant les Cent Jours.
Napoléon 1er l'avait-il oublié ou, flairant le vent, Martin de Vignolle n'avait-il pas voulu se compromettre ?
On ne sait, mais le fait d'avoir boudé l'Usurpateur, contrairement à beaucoup de ses compagnons d'armes, lui valut la reconnaissance des Bourbons à leur retour.
S'il fut mis en retraite, ne pouvant plus rester dans l'armée vu son âge, il eut d'autres satisfactions.

Par une lettre du 9 Mars 1816, Louis XVIII l'autorisait


" en récompense de ses honorables services… à se dire et qualifier comte…et à porter en tous lieux armoiries et écusson de sables en chevron d'or sur la pointe duquel broche une épée haute en pal d'argent à la garde d'or, accompagné en chef de deux ceps de vigne tigés et feuillés à sinople, fruités d'or, l'écu nimbré d'une couronne de comte ".

Le 1er Avril suivant, il prêtait serment au Roi, ce qui lui valut d'être nommé au Conseil d'Etat, puis, en mars 1818, préfet en Corse.
Il démissionna huit mois plus tard en décembre, pour des raisons inconnues, politiques, personnelles. ?
Il regagna alors Marsillargues, où il avait gardé sa maison dans la rue du Plan d'Héraud qui devait porter son nom après sa mort.
Mais une retraite oisive devait peser à cet homme actif qui n'avait encore que 55 ans.
Il se lança peu après dans la politique, ce qui lui était aisé car le cens imposé par la loi, de 300 francs de contributions pour être électeur et 1 000 francs pour être éligible, n'était pas un obstacle pour cet homme devenu un des plus gros contribuables de Marsillargues.
C'est dans le Gard qu'il alla tenter sa chance, sans doute parce que les Marsillarguois gardaient encore à cette époque des liens plus étroits avec le département d'au-delà du Vidourle qu'avec celui d'en deçà.
En 1819, il était nommé président du collège électoral d'Alès mais c'est seulement aux élections du 25 Février 1824 qu'il fut élu député pour aller siéger à la Chambre.
Il repartit alors à Paris ou il avait gardé des relations utiles et la confiance du pouvoir, ce qui, pensait-on, le temps d'obtenir cette ultime satisfaction.
Cette mort a peut-être privé Marsilargues de l'honneur d'avoir vu trois de ses enfants ministres de l'Intérieur, si Martin de Vignolle avait occupé ce poste entre Jacques Antoine Mourgue et Gaston Deferre.
Il laissait, outre sa veuve et deux filles, un fils Numa, né à Marsillargues en 1792, lui aussi comte de Vignolle, et qui comme son père embrassa la carrière militaire mais sur qui nous ne pouvons donner qu'une seule information, c'est qu'en 1837 il était lieutenant-colonel de cavalerie à Paris où nous avons perdu sa trace.

                                        Max DAUMAS




                "  MARSILLARGUES, IL ETAIT UNE FOIS… "


Grâce à cette excellente biographie, nous connaissons mieux à présent, qu'elle a été l'histoire du Général Martin de Vignolle.
Les marsillarguois, fut un temps, lui avaient rendu hommage en donnant son nom à une rue, qui depuis a été rebaptisé : " Rue Vaillant Couturier "
L'ancienne plaque de la rue portant son nom, a été conservé ; elle est exposée au musée.

C'est loin de Marsillargues que son nom est mis à l'honneur…
S'il vous arrive d'aller à Paris, vous le retrouverez sur le pilier sud de l'Arc de triomphe (colonne 21, 4eme ligne).

On peut s'interroger néanmoins s'il ne serait pas juste que notre village rende à nouveau honneur à cet illustre personnage, enfant du pays…

Nous espérons que suite à ce petit historique, peut être qu'un jour, une nouvelle rue, une nouvelle place, un nouveau bâtiment, qui sait ?!!!
Viendra rappeler aux marsillarguois qu'un de nos concitoyens, officier de la légion d'honneur, fut général sous Napoléon, gouverneur, ministre de la guerre, membre du conseil d'état sous Louis XVIII, préfet puis député.

Encore mille merci à Mr Max Daumas pour le partage de son savoir.

Pour tout renseignement n'hésitez pas à contacter :


  • Mr. Floriant ARNISSOLLE au 04 67 71 60 57

  • Mr. A. BOURRIER au 04 67 71 99 47

  • Mme. G. MERCATILI au 04 67 71 78 71

  • Mme. C. ATTARD au 04 67 71 82 98

ARTICLES DE PRESSE DU 26 ET 30 DECEMBRE 1873 ( LE FIGARO ) 

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LE FIGARO LE VENDREDI 26 DECEMBRE 1873


Le général comte de Vignolle, commandeur de la légion d'honneur, est mort presque subitement au milieu de sa famille, hier soir à 21heures, 136 rue du Faubourg Saint-Honoré.
Le général Vignolle avait noblement porté un des plus beaux noms de l'Empire, inscrit au livre d'or de l'Arc de triomphe.
Il avait commandé avec distinction le 8ème chasseurs à cheval, avant d'être appelé par le maréchal Randon aux fonctions si délicates de directeur du personnel de la cavalerie et de la gendarmerie au ministère de la guerre.
Les traditions militaires ne sont pas encore à la veille de s'éteindre dans la famille du général.
Il laisse deux petits-fils : l'un capitaine d'état-major en Algérie, et l'autre lieutenant au 5ème de ligne.
Simple, modeste autant que bon, le général de Vignolle laisse un grand vide dans les rangs de l'armée et des hommes de bien.
Le service funèbre aura lieu à la maison du défunt, dimanche 28 Décembre 1873 à treize heures.
Ses amis qui n'auraient pas été prévenus, sont priés de considérer cet avis comme une invitation.

LE FIGARO LE MARDI 30 DECEMBRE 1873


A treize heures il y'avait grande affluence dans le Faubourg Saint-Honoré.
Tous les amis du général de Vignolle, tous ceux qui avaient eu le plaisir ou l'honneur de servir avec lui ou sous lui, avaient considéré comme un devoir de donner une dernière marque d'estime et de sympathie à cet homme de bien.
Le deuil était conduit  par ses gendres.
Hélas ! il en manquait un , mais celui-là, le colonel Henry de la Chapelle, a été tué à l'ennemi dans cette belle charge des dragons de l'Impératrice à Gravelotte.
Recueillement profond et deuil sincère de la part des nombreux amis de la famille.


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