Rédigé par Suzanne BOYER-FOURMAUD sa famille et Michel GALAS, publié le 08/08/2008.
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 LOUIS FOURMAUD ( 4 Octobre 1888 - 1 Juillet 1944 ) |  |
" Sang e vin counfoundu,
A la raço an baia li vert dou terraire. "
C'est dans ce coquet et accueillant village de Marsillargues, dans une vaste maison à deux étages sise sur le boulevard Bénézech, que naquit le 4 octobre 1888, Louis Amédée Fourmaud, (Louis, prénom de son grand-père paternel, Amédée celui de son grand-père maternel) fils d'Alfred Edouard Fourmaud et d'Emma Bonail, propriétaires terriens ; il est le deuxième enfant d'une famille de trois, entre deux soeurs : Emilie, née le 28 janvier 1887, et Cécile, née le 13 décembre 1894.
Il est de vieille souche Marsillarguoise depuis 1650, son prénom lui vient de ses ancêtres ; il a pu reconstituer l'arbre généalogique de sa famille grâce à de vieux papiers retrouvés au grenier un jour de pluie, suivant la plus pure tradition, jusqu'au plus lointain ancêtre, il y'a un Louis Fourmaud dans chaque génération, mais la lignée s'arrêta avec lui car, à son grand regret, il n'aura pas de fils.
Après avoir partagé les jeux des enfants de son âge et fait ses études primaires chez le pasteur du village, Monsieur Sarradon, le jeune Louis entre au Lycée de Montpellier où de 1903 à 1905 il suivra les classes de troisième et de seconde. Ses livrets portent la mention : élève très méritant ; son désir : devenir vétérinaire. Mais hélas, survient la mévente du vin, de triste mémoire pour les vignerons languedociens, et ses parents doivent le retirer du Lycée pour l'envoyer cultiver les vignes ; il restera un paysan. Mais le démon de la poésie le saisit ; après la journée, aux champs, de sa main calleuse il prend la plume et il écrira tout au long de sa vie se laissant aller à son inspiration. |
|  | Dès 1907, il est chroniqueur au Fanal et c'est dans le numéro du 20 octobre 1907 que sont imprimés ses premiers vers en souvenir des inondations du Vidourle :
Vidourlada.
" Vidourle, dans ton lit tu dormais en silence,
puis tu t'es soulevé comme un tigre en fureur,
ton flot s'est courroucé, tu n'as plus eu de coeur
pour ta rive où des fleurs imploraient ta clémence…
…Vidourle, redeviens tranquille pour toujours
murmure dans ton lit le chant de tes amours
enivré de parfums caresse ton rivage. "
Marsillargues, le 15 octobre 1907.
Au cours des années suivantes, sous le pseudonyme de L. Vidourles, il écrira dans de nombreux journaux taurins : " Provence, Languedoc, L'Aficion, Midi Toros, Midi Taurin, Le Torero, La Corrida, L'Écho de l'Arène, journal de Mont de Marsan, Théâtra ", où il publiera un grand nombre de poèmes dont voici quelques titres pris au hasard : " En Camargue, Au bord du Vistre, Vers l'hivernage, La Ferrade, en suivant les taureaux ", et beaucoup d'autres, ainsi que des articles en prose sur les coutumes languedociennes. A cette époque il monte son cheval, Kroumir, et son plaisir est d'aller vers les manades " trier " les taureaux dans les prés du Cailar. Tout au long de sa vie il a eu la passion de ce qui crée l'âme d'un pays et il s'est fait l'ardent défenseur de cette terre méridionale qu'il aimait tant, de ses traditions et de sa langue. En 1908, c'est le Service militaire au 141ème Régiment d'Infanterie de Marseille et toujours la poésie l'accompagne.
En 1912, il épouse Joséphine Pontier, elle-même jeune soeur du regretté écrivain Célestin Pontier, très connu dans les milieux littéraires montpelliérains. Mais la jeune fille est catholique et ses parents refusent le mariage ; la brouille durera jusqu'à la naissance du premier enfant ; puis, la mauvaise humeur passée, tout rentrera dans l'ordre et la famille demeurera par la suite très unie. C'est de 1913 que datent ses premiers vers en langue mistralienne. Aux Jeux floraux de Narbonne, il obtient une médaille d'argent pour " Gardianaio ", groupe de trois poésies : " L'Embarrado, Cop de Fèrri, L'Embandido ". Le 3 mai 1914, son foyer s'agrandit de sa première fille, Suzanne, qu'il ne retrouvera qu'à de brèves permissions car il restera sous les drapeaux du 20 août 1914 au 18 juillet 1919.
Il écrit alors Cacalaca en septembre/octobre 1916 :
Antoulougio Escoulario de Lengadoc.
" Pèr ma manido, pèr ma Suza
Ma drola, de l'oustau m'escrivon que vas bèn
Qu'as di : pa-pa, ma-ma ! que te trauca una dènt,
Que pèr lou courredou t'embandisses souleta…
…O moun enfant ! sas pas la doulour de toun paire…
Mai quouro la nio vèn, quand sus toun brès ta maire
En te crousant li man te dis : " Preguen pèr éu ! "
Sentes toun pichot cor d'ange que bat plus vièu. "
Pendant cinq années, au hasard des tranchées, entre deux combats, il exprime tour à tour la tristesse de ces heures sombres et l'espérance en la fin du cauchemar. Une correspondance s'établit entre les félibres de diverses régions et c'est un grand réconfort pour ces hommes qui souffrent loin de leur foyer ; chacune de ces lettres écrites en provençal leur apporte comme un rayon de soleil, une vision de leur cher pays. Hélas, quelques uns ne sont pas revenus, les autres depuis sont morts mais ceux qui vivaient encore il y'a une vingtaine d'années ne pouvaient sans émotion évoquer ces souvenirs que quelques noms de journaux suffisent à rappeler, c'était l'époque de " La Gazeto Loubetenco, L'Écho dou Bousquetoun, L'Escolo dou Boumbardamen, Lou Gal, Cacalaca, A boulet rouge, La Coupo… " |
|  | Enfin, le 11 novembre 1918, l'Armistice est signé ! Chacun retrouve sa maison, sa famille, ses habitudes, son travail, mais après une blessure, une citation, la croix de guerre, le sergent-major Fourmaud ne rentrera chez lui qu'en juillet 1919 après des mois d'occupation en Rhénanie. C'est alors la période de l'entre-deux-guerres où il va déployer une grande activité. Les amitiés nées pendant la tourmente vont en se fortifiant : c'est le commencement d'une heureuse période et la poésie fleurit partout où les félibres s'assemblent jusqu'au jour où une nouvelle guerre ramènera l'angoisse dans les coeurs.
Janvier 1920 voit la fondation de " L'Ecolo dou Vidourle " et, dès lors, l'on verra souvent assemblés les noms de Louis Fourmaud, Paul Vézian, Louis Abric et Alphonse Arnaud de Saint-Just. Le jeudi, jour de la grande course dans les fêtes votives, les réunit tour à tour à Gallargues, Lunel, Saint-Just et Marsillargues, autour d'une table où tout en dégustant les produits du terroir, l'on ne parle avec beaucoup de verve qu'en langue provençale. Pendant une vingtaine d'années, de nombreux fidèles assistent chaque lundi de Pâques aux rendez-vous du " Pont-Romain " à Ambrussum et ceux qui participaient aux " acampado " du mois de décembre à l'Hôtel du Palais à Lunel, n'en ont jamais oublié l'ambiance.
Ces années d'entre les deux guerres marquent pour Louis Fourmaud son ascension dans le Félibrige. Il est lauréat de nombreux jeux floraux : en 1920 à Alès et Nîmes en 1923 à Draguignan, en 1924 à Sceaux et Nîmes, en 1926 à Pignan, il est félibre mainteneur ; le 5 juin 1927, à la " Santo-Estello " de Montpellier, il est nommé maître en gai savoir ; le même jour, il reçoit au palmarès des jeux floraux, différents prix dont trois médailles de bronze et une édition originale de " Calendau " offerte par Mme F. Devize pour être décernée à un poète du Languedoc. C'est également le 5 novembre 1927 dans la salle des Sociétés Savantes à Paris, une petite pièce en un acte " La Doumestico ", est créée avec succès par le groupe du " Théâtre Provençal " qu'anime Nicolas Lasserre. |
|  | Le 13 août 1921, naît à son foyer sa deuxième fille : Mireille. Son baptême, le mardi 4 octobre, pendant la fête votive qui avait lieu après les vendanges, est l'occasion d'une réunion de félibres amis et de l'éclosion de nombreux vœux en vers provençaux. Tout en cultivant ses vignes et en écrivant dans de nombreux journaux et recueils félibréens : " La Gazeto Loubetenco, Lou Gal, Cacalaca, La Coupo, La Campana de Magalouna, Calendau, Prouvenço, L'Armana prouvençau, Marsyas, Era Bouts dera Mountanho, L'Antoulougio Escoulario de Lengadoc, Flourilège de la Nacioun Gardiano. ", Louis Fourmaud devient en 1928 correspondant local du " Petit Méridional ", mais il sera très vite un collaborateur à part entière, écrivant dans de nombreuses rubriques : " Le Courrier littéraire, La Langue du Midi, Variétés, Moeurs et Coutumes, Chronique félibréenne, les Contes du Petit Méridional " parmi lesquels : " La Carrière, La Cocarde, Une Nuit, La dernière Fille d'Arles " ainsi que de comptes rendus de diverses manifestations.
Défenseur de la viticulture, il a été l'écrivain des " Propos de Paysan " (545 dénombrés) qui jusqu'à sa fin, en 1944, sont très suivis et appréciés de ses lecteurs comme en témoignent les nombreuses lettres reçues. Dont voici quelques exemples : Caveirac, le 5 nov. 1941. " Je suis un lecteur assidu de vos articles, je constate que vous êtes au courant de toutes les lois, alors je viens vous demander ceci : nous avons dans le Gard un ami qui élève deux cochons, comme ils n'ont droit qu'à un, je voudrais savoir s'il peut m'en vendre un…". Un autre sans indication d'envoi renferme huit pages. Une suivante venant de Servian traite de l'article " les chevaux et leur nourriture ". Un autre de Fons-outre-Gardon sur " l'article extrêmement sensé comme tous ceux que vous écrivez et que je prends un réel plaisir à lire… ". D'autres encore de Castelnau-le-Lez, Quissac, Boisseron, Congénies, Fontès, Cendras, Monte-Carlo, Saint-Jean du Gard, Saint-Aunès, Montpellier ". Cette longue énumération montre l'influence que possédait " Le petit Méridional ", journal régional par excellence et la part qu'y prenait Louis Fourmaud.
En 1933, il est nommé officier d'Académie ; en 1937, chevalier du Mérite agricole. Il est tour à tour président de la Cave coopérative de mars 1931 à mars 1935, alors la plus grande d'Europe, directeur de la Distillerie coopérative, secrétaire d'assurances mutuelles locales et du Crédit agricole, ainsi que de la Confédération générale et du Syndicat du Vigneron du Sud-Est ; il collabore à son journal ainsi qu'à Mutualité et Coopération. Par ailleurs, il a été président du Club taurin " La Sounaia " en 1935 et du " Brochet Vidourlais ". Parmi toutes ses activités, il ne faut pas oublier " L'Echo du Vidourle ", " la feuille lunelloise " qui avait à l'époque un immense succès et qui a publié, semaine après semaine, une grande partie de son oeuvre et surtout les chroniques du " Vidourlen de Semana ", " La Muse Vidourlaise " et " Li Pounchoun dau Ficheiroun ".
Le temps passe et le père est heureux le jour où Mireille, devenue jeune fille, revêt le costume de " chato ". Désormais, elle l'accompagne dans toutes ses sorties, des agapes amicales à l'appel de Monsieur et Madame Pommier, sous les pins de la Tour de Farges, aux " Fèsto vierginenco " aux Saintes-Maries-de-la-Mer avec la " Nacioun Gardiano ".
En 1932, le Vidourle en crue rompt ses digues ; sa maison est inondée, sa bibliothèque endommagée. Il y perdra, entre autres, le beau livre de Jeanne de Flandreysy et Gaston Bouzanquet, " Le Taureau Camargue ( Edition 1925 ) ", qu'il n'avait pu acquérir qu'au prix de gros efforts.
En 1938, sa fille aînée se marie à Fernand Boyer et l'année suivante une fillette. Marie-Claude naîtra à son foyer. Mireille est ravie de cette petite nièce qu'elle va pouvoir choyer tout en songeant à son propre mariage.
Hélas ! À peine quatre mois plus tard, le 28 décembre 1940, Mireille sera enlevée en quelques jours à l'affection des siens à l'âge de 19 ans, par une brutale maladie.
L'hiver fut très rigoureux cette année là et c'est sur la neige gelée que se déroule le long cortège qui la conduit à sa dernière demeure. Le coup est rude pour le poète. Tout à sa douleur, il va faire construire un tombeau où figureront les emblèmes de ce qu'ils ont aimé : au centre de la pierre tombale, il fait graver l'étoile à sept branches encadrée par deux médaillons de marbre où sont sculptés sur l'un, un profil de " chato ", sur l'autre, une cigale. Deux tridents complètent l'encadrement ; sur le devant, deux urnes sont destinées à recevoir des saladelles.
Sur la pierre, sous l'étoile, on peut lire :
" Dins si " vint " an èro Mirèio. ( Mirèio, cant I ),
Pèr un dou coume aquéu es pas proun lou ploura. ( Mireio, cant XII ),
La jeune fille n'est pas morte ; elle dort ! ( Saint-Matieu, ch. IX, verset 24 ). "
Et puis son désespoir immense, il va l'exhaler dans toute la douleur de son coeur déchiré. C'est par la poésie que le père crie son désespoir avec des vers d'une acuité douloureuse, insoutenable, dans son livre imprimé à compte d'auteur par l'imprimerie L'Idéale, à Nimes. Ce livre " Doulour de Paire " est le plus beau fleuron de son oeuvre. Tous ceux qui l'ont lu en ont eu la gorge serrée et ont senti les larmes mouiller leurs paupières.
Après sa lecture Marcelle Bissière écrivait le 22 novembre 1941 dans " L'Indépendant ", grand hebdomadaire du Sud-Est :
" J'ai reçu le plus poignant recueil de vers qui, depuis Victor Hugo, ait pu s'écrire sur la mort d'une enfant adorée. Je l'ai lu d'un seul trait comme se doit boire un calice de larmes sur lequel la lèvre se refuserait à revenir ".
Dont voici quelques lignes :
" Morto es Mirèio, ma chatouno,
E dins si bèu des-e-nou an
Coume uno roso que boutouno
Ero facho pèr li poutouno
L'ai perdudo, èro moun enfant !
Leissas-me la ploura ma Mireiouno morto…
Leissas, leissas mis iue s'ennebla de mi plour…
Jamai counsoulacioun, jamai sera proun forto
Pèr vueja de calamo au dou de moun amour.
O ! Diéu ! soulajo ma soufrènço
Segnour regardo ce que siéu
O ! Diéu ! agues pieta de iéu.
Aro ma pauro enfant me fau claure toun libre
Mai coume moun amour, toun dou m'es eternau
E ta plaço es toujours marcado dins l'oustau
Ounte l'oumbre a vela l'Estello di Felibre. |
|  | Cependant, la vie continue et le seul réconfort qui peut apaiser son âme endeuillée, c'est dans sa langue mistralienne qu'il le trouve. Le 24 mai 1942 le Consistoire félibréen décerne à Louis Fourmaud le titre de " Felibre Majourau " en Français " Majoral du Félibrige " avec la cigale d'Aquitaine. Mais sa peine est encore trop vive et ce n'est que l'année suivante en 1943 qu'il ira assister à la " Santo-Estello ". C'est avec une profonde émotion qu'il prononce les paroles suivantes :
"Pareis que li nouvèu felibre majourau, an lou deve de dire à la Santo-Estello, perqué soun esta felibre e coume lou soun devengu.
Pèr aguedre manca l'an passat à-n-aquéu debe, ai la cargo aquest an de prene la paraulo afin de m'espremi.
Moun Diéu se i'a d'ome que soun felibre en neissènt, crese que séu d'aquéli. Ma Maire en me bressant m'a parla en lengo d'O, e de coutrio emé lou francés l'ai apreso dins l'oustau pacan de moun paire. Dins li famiho païsano ainsin se charro dins l'uno e l'autro lengo pèr lis afaire dou travai e de la vido vidanto.
Pièi à quàuquis an, la carriero m'es estado duberto emé li jo d'enfan e moun jouvènt ounte passère moun plesi à courseja de biou m'aduguè de leiçoun preciouso.
Moun paire qu'avié tambèn estènt jouine mounta à chivau vesié que lou moumen ounte poudriéu me tene sus uno sello gardiano. A quinje an aviéu moun camarguen…e dirai jamai touti lis escourrigudo que faguère dins lou terraire dou Caila - terro de biou - ounte pichot omenet de rèn de tout bellave li paraulo d'un Carle Coumbet, d'un Jan Bérard e d'un Marqués de Baronceli…Que sabe iéu…Quau à l'amour de soun terraire a lèu fa de segui li piado di grand terradouren.
Pièi m'arrivé d'escriéure en vers. I'a trento an en 1913 deverère ma prumièro joio, uno medaiod'argent à la Cigalo Narbouneso que presidavo lou Majourau Meje Albarel. Ero pèr uno pèço " Embandido " ount espetavo touto ma fe enfiocado.
Dempièi n'a passa d'aigo souto li pont dou Rose…en faguènt obro de felibre dins l'autro guerro, après, ounte tant de souveni serien à debana dempièi " La Gazeto Loubetenco ", " L'Echo dou Bousquetoun ", " L'Escolo dou Boumbardamen " e en seguido " L'Echo dou Vidourle " que vint an de tèms fuguè pèr Ficheiroun lou méjan d'escriéure en felibre.
Pièi mai la chavano es vengudo. Siéu soulet vuei eici davans la chourmo de chatouno en coustume prouvençau.
Soulet quand déuriéu aguedre à moun coustat quelo qu'èro ma plus bello obro felibrenco, ma chatouno, ma Mirèio escarrido.
Vautris ami, que m'escoutas, aquéli que l'avès couneigudo e vàutri que couneisses ma " Doulour de Paire ", Vaùtri que sabès mis esprovo, coumprendrès pèr que venguère pas eici l'an passat e pèr que n'ai agu tant de peno en fasènt esfors pèr veni aquest an. Mai de que servirié de parla mai de iéu e de moun terrible dou.
Vaqui la Coupo. Dempièi trente an, l'ai visto souvènt passa davans mis iue ; jamai n'aviéu vougu la prene dins mi man. Aco's causo proun gravo, car la coumunioum demando reflessioun. Vuei sabe qu'ai proun counsacra ma vido au Felibrige pèr agué davera lou dre de béure aqui ounte an trempa si labro li pur dintre li pur.
Tene la Coupo dins mi man…
Beve à l'aveni dou Felibrige que tèn dins sa doutrino l'aveni d'un pople libre. " |
|  | Nous sommes en 1943, en pleine occupation allemande, Louis Fourmaud écrit toujours ; il semble remonter le courant ; il s'intéresse à sa petite-fille qui a 3 ans ; un jour, il va voir une " embandido " car sa " fe " demeure vivace, sa famille reprend espoir. Mais en avril 1944, il est saisi par ce mal implacable qui terrorise encore aujourd'hui. La maladie étant déclarée, cela ne l'empêche pas, tant qu'il a la force de se lever, le malade écrit encore et ses " propos de paysan " continuent de paraître. Plus tard, alité, son esprit demeure lucide ; en cette fin de juin 1944 il pense à son pays auquel il a sacrifié cinq années de sa jeunesse et il prononce cette dernière parole :
" La faudra bèn faire la Republica ! " Il remercie Monsieur le Pasteur Richardot venu dire une prière à son chevet et il s'éteindra le premier juillet en fin d'après-midi à peine âgé de 56 ans après trois mois de souffrances morales auxquelles s'étaient ajoutées de grandes souffrances physiques.
Les allemands viennent d'interdire toute sonnerie de cloches et en cette journée du 3 juillet, la cloche du Temple n'annoncera pas les obsèques du poète. La foule compacte et recueillie qui, à Marsillargues, a suivi son cercueil disparaissant sous les gerbes de fleurs et les couronnes s'incline douloureusement devant le poète qui est parti vers les Alyscamps de Dieu rejoindre sa Mireille chérie. Ils reposent tous deux dans cette terre méridionale tant aimée. Homme de devoir, tout dévoué à sa famille, protestant, républicain convaincu, disciple de Mistral d'une honnêteté scrupuleuse et d'une grande sensibilité, tel fut l'homme qui a consacré sa vie à l'amour et à la défense de sa langue, de son terroir, de ses coutumes et de ses traditions. Ce mal du coeur qui emporta bien vite Louis Fourmaud, nous priva des merveilles qu'il n'a pas eu le temps d'écrire.
On a pu lire par la suite des articles nécrologiques paru dans " Le Petit Méridional " sous la signature de M. Hervé Girard, président du Club taurin " La Sounaïa " ; dans " Le Vigneron du Sud-Est " par M. Roger Rouvière, ainsi qu'un troisième dans le Mesadié felibren " Fe ".
Depuis le dimanche 23 juin 1957, sur la demande du club taurin " La Sounaia ", la rue où il a vécu porte son nom et on peut y lire :
CARRIERO LOUVIS FOURMAUD,
MAJOURAU DOU FELIBRIGE,
1888 - 1944 |
|  UN LIVRE, UNE VIE ET SES PRINCIPALES OEUVRES |  | Louis Fourmaud, le viticulteur qui sut surtout magnifier la Camargue et sa langue à travers la poésie, aurait eu cent ans en 1988, date où fut édité un livre consacré à ce poète paysan. Il est dû à sa fille, Mme Suzzane Boyer-Fourmaud et aux participations discrètes de M. Julius Estève qui fut le premier à qui Suzanne fit part de son projet, à " L'Escolo dou Vidourle " qui n'a pas oublié ses membres fondateurs, au club taurin "La Sounaia" à qui l'on doit la rue Louis Fourmaud, à Jean Marc Daumas pour l'hommage rendu à la mémoire de son oncle. Et enfin, à M. Pierre Pontier, cousin de Suzanne qui non seulement a approuvé le choix des oeuvres mais est allé lui-même à Nîmes voir l'imprimeur et s'occuper de l'impression du livre.
Son titre ? " Louis Fourmaud, sa vie, ses œuvres ", sous titré " La doumestico doulour de paire ".
Agrémenté d'une préface en provençal signée Jean Estève, d'un court texte situant le village de Marsillargues, il comporte également un texte du petit-neveu de Louis Fourmaud : Jean Marc-Daumas qui n'a jamais connu son oncle est en fait le petit-fils de Cécile, la sœur cadette de Louis Fourmaud ; Jean Marc est docteur en histoire, professeur à la faculté de théologie réformée d'Aix-en-Provence, membre de l'Académie des sciences, agriculture, arts et belles-lettres d'Aix, ce texte est intitulé : " Louis Fourmaud, cent ans de présence ". Il rend hommage de la page 9 à 12, à la mémoire de son oncle en précisant que le poète avait choisi pour les vers de " La mort dou vièi " le décasyllabe, de préférence à l'octosyllabe, trop léger pour le sujet, et à l'alexandrin, dont la solennité aurait nui à l'atmosphère intimiste qu'il s'agissait d'établir….Louis Fourmaud maniait la plume avec aisance, la poésie étant plus dans l'art de dire que dans le dire.
Ce livre est un bel hommage rendu à celui qui, après avoir dû abandonner ses études secondaires, est devenu paysan, puis le poète que l'on sait.
Cet ouvrage fut imprimé aux éditions Imprimerie Bene, Nîmes. Il fut en vente chez Suzanne Boyer-Fourmaud. Elle vivait dans cette demeure que son père avait adjointe à la cave qui lui venait de son grand-père. En 1927, après avoir quitté son domicile situé avenue de la gare Louis Fourmaud s'était installé dans ce petit mas près du Vidourle : au "12 rue Louis Fourmaud, 34590 Marsillargues."
Ici, tout rappelle le poète qui a puisé son inspiration dans la vie de tous les jours, aux murs des diplômes de felibrige, des photos dans les manades, avec des chevaux, taureaux et gardians.
Aujourd'hui, la seule descendance directe de Louis Fourmaud se résume par son unique petite-fille Marie-Claude. Elle épousa Mr Christian Gras, et eut trois garçons Jean-Louis, Bernard et Fabrice Gras. Si vous désirez obtenir des renseignements complémentaires ou un exemplaire du magnifique ouvrage de Suzanne Boyer-Fourmaud sur la vie et les oeuvres de son grand-père, Louis Fourmaud, vous pouvez contacter Bernard Gras, il se fera un plaisir de vous répondre.
Lui aussi, il y a quelques années, fut une figure emblématique dans notre village. A l'occasion des festivités ou de mariages,… Il interprétait de nombreuses chansons de Johnny Hallyday, Elvis Presley, … D'où son surnom de Elvis... Les Marsillarguois s'en souviennent…Car ce dernier surnom lui est resté, comme collé à sa peau. Il chante encore de temps en temps pour notre plus grand plaisir.
Je tiens à remercier Marie Claude et ses enfants qui ont fait preuve d'une grande disponibilité, pour leur gentillesse, leur confiance en me confiant de nombreux documents… Sans oublier Jacques Pontier qui m'a remis quelques précieux écrits, pour qui Louis Fourmaud était son grand-oncle par alliance, ayant épousé sa grande tante Joséphine Pontier, elle-même soeur de Célestin Pontier, son grand-père.
Je finirai par ce vieil adage "Bon sang ne sait mentir " car maintenant je connais les origines et les racines de cette famille et en toute sincérité on ne peut pas être étonné de l'amour qu'ils portent à leur village.
Michel Galas |
|  LA FERRADE ( POEME EN FRANCAIS ECRIT LE 28 MARS 1911 ) |  | Le soleil au zénith tend ses rouges rayons, Le ciel est d'un azur limpide, aux horizons Il baigne les roseaux dans sa clarté brûlante. Les gardians à cheval sur la terre mouvante Dans un coin du grand pré rassemblent les troupeaux. La foule en chars à bancs apparaît, des bravos Eclatent au moment où voyant devant elle La manade en un coin et les gardians en selle Le spectacle qu'elle aime est prêt à commencer. Un cavalier déjà sur son cheval, baissé, Trident au poing poursuit un vigoureux " anouble " Et le conduit là-bas du côté de la foule. Soudain un des gardians à pied, frappe des mains, Le bouvillon s'élance et contre les chemins Où le peuple se tient silencieux d'angoisse L'homme saisit la bête, et sur le sol qui poisse L'adroit plein de sueur triomphe du plus fort. Maintenant, le taureau sous la lumière d'or Est couché, son flanc bat, un pied vainqueur l'oppresse, Il sent qu'une main d'homme à l'oreille le blesse, Un fer brûle ses chairs. Furieux il bondit, Mais devant le " hourra " qui dans l'air retentit Il s'arrête et craignant une attaque nouvelle S'enfuit vers la manade où sa mère l'appelle. Et les gardians ont pris d'autres taureaux d'un an, Tous sont marqués du fer, tous ont l'oreille en sang Et tous en mugissant courent à la manade. Cependant le soleil descend, la débandade A lieu parmi la foule aux longs cris délirants. Dans les chemins poudreux s'en vont les chars à bancs Tandis que les gardians à l'ombre d'un platane Poussé jadis au seuil de la brune cabane Se sont assis devant des verres que remplit Une chatouno jeune et belle et qui sourit.
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|  OUMAGE A LOUIS FOURMAUD MAJOURAU DOU FELIBRE |  | O Mestre sian vengu per te presta oumage, E pausa sus toun cros, un moudeste flouquet, Qu'es per nautre aujour-d'uei, e toun pichot village Coum'un viouloun de glori, e ta leng'un arquet.
Sian aqui pet l'ounour de toun obr'imourtalo, Car davans toun toumbeù, e lou cor esmoungu, Saben que lou près-fa de ta lengo natalo, Jamaï dins l'aveni, noun sara leù perdu.
Car felen d'uno raço, Majouraù di Félibre ; Siès esta dins ta vido un pacan doù Miéjour, Qu'as apara tambèn, en ome fier e libre Toun païs, toun endré, émé forço e amour.
Ti vers meravihous en lengo mistralenco, Soun un brande pacan dindènt dins nosti cor, Quand béguèn a gargaï uno douço melico E piei, que vouleste jo , coum'un'abiho d'or.
Siès esta lou gardian, per glori doù terraire, Dins ta vido vidanto de nosti tradicioun, Lou flambeù radious, e tambèn l'encantaire, Per l'amour, l'estambord, li jo de la Nacioun.
Lou Mestr'es endourmi, e, soun son eternaù Per devers lou toumbeù nous crid sa remembranço : Qu'au pople doù Miéjour de garda l'ideaù Dins nosto Raço d'O ; émé soun esperanço.
Aujour-d'uei sian vengu per te rendre ounour Silencious davans toun cros, e per l'oumage D'avèdre courajous, émé forço e amour Desfendu toun païs e toun pichot vilage.
Roger Dollé Marsihargues lou 14 de Mai 1988.
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