Rédigé par Michel GALAS, le 10/01/2008.
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 LE VIDOURLE ET SON NOM LATIN |  Le nom latin de ce fleuve nous aurait été conservé par une inscription très curieuse :
- (IO)VI ET AUGUSTO
- (VI)CINIA VITOUSURIC( ? ) ( Certains archéologues pensent qu'il ne s'agit pas du fleuve, mais d'un dénommé Vitousurix ).
Ce fragment d'autel, dédié par les riverains de Vidourle à Jupiter et à Auguste, a été trouvé, en 1842, dans les démolitions de l'église de Notre Dame das Ports et transporté à Lunel où on l'a placé dans le mur des cuves vinaires de M. de Bernis. Il en a été retiré, en 1847, par les soins de M. Aurès, ingénieur en chef des Ponts et Chaussées, dans le Gard, qui l'a donné à la Société Archéologique de Montpellier.
La plus ancienne mention du fleuve date de 938. Cartulaire de ND de Nîmes ch. 174 : In fluvio Vidosoli. Nous trouvons ensuite :
- Super fluvium Vidosole. 963. Cartulaire de ND de Nîmes. ch. 173.
- In litore Vitusuli. 988. Cartulaire de ND de Nîmes. p. 136.
- Vitusulus. 994. Cartulaire de Psalmody.
- Vidurlus. 1025. Histoire du Languedoc II preuves col. 180.
- Ribaria de Vidorle. 1108. Cartulaire de ND de Nîmes. ch. 83.
- Vidorle. 1163. Layettes du Trésor des Chartes t. I p. 88.
- Viturlus 1292. Cartulaire de Psalmody.
- Riperia Viturli. 1310. Ménard. I preuves p. 164 col. 2.
- Inundatio aquarum fluvii Viturli. 1423. Archives municipales de Nîmes E. III.
- Vidourle fl. 1570. L'Escluse ; 1613. La Guillotière.
- Sur le Vidourle. 1668-1669. Dénombrement des biens nobles du diocèse de Montpellier. FD III p. 155-178.
- La Vidourle. 1740-1760. Bibliothèque nationale. Fonds Languedoc. 7. 89.
- Vidourle. Carte des diocèses de Montpellier et de Nîmes. Cassini.
L'étymologie du nom est obscure. C'est un nom prélatin, dont la forme primitive ressemblait sans doute à celle du proparoxyton de 988. (Un proparoxyton est un mot qui a l'accent sur l'antépénultième syllabe).
Vidorle de 1163 se prononce, en Occitan, « Vidourlé » ou même, plus rarement, « Bidourlé ». Le V persiste dans la partie orientale de Montpellier, Lansargues, Lunel, Sommières et les Cévennes. Ailleurs, il s'est transformé en B bilabial non explosif (B du Catalan et de l'Espagnol).
Pour le Dictionnaire Topographique du Département de l'Hérault de E. Thomas, (Le) Vidourle est une rivière. Pour celui du Gard, de E. Germer-Durand, c'est un fleuve, de même pour Hamlin et Cabrol (Les noms de lieux du département de l'Hérault)
- « Du Vidourle, au Vidourle, le Vidourle ou à Vidourle »
A Marsillargues, Aubais, Lunel on parle « du Vidourle, le Vidourle, au Vidourle » de même dans la partie supérieure du fleuve sauf à Sommières. C'est à l'emploi ou non de l'utilisation de cet article que l'on reconnaît les « vrais » sommiérois pour qui le Vidourle est leur Seigneur et Maître ou Monsieur Vidourle est un grand personnage. Les vieux sommiérois on l'habitude de dire : « Je vais à Vidourle » et non « au Vidourle » ; lors des crues, les vidourlades : « On annonce Vidourle, Vidourle arrive, Vidourle charrie, Vidourle est à la Grave, au Marché, Vidourle passe sur les ancoules, Vidourle se retire ».
Dans les Sourelhadas, Poussigue Junior dédicace à son cousin et ami Gédéon Bessède un poème au Seigneur Vidourle : « Lou Segnou de nosta communa Mestre Vidourle ( entendes ben) Sufi que plouguè dins soun ben Après una amplou pas coumuna... Sans acampà gaire d'ampoulas Moussu mounté sus las ancoulas.. »
La position de l'Académie Française est beaucoup plus stricte. « La nomenclature du Dictionnaire de l'Académie Française ne comportant aucun nom propre, Vidourle n'y figure pas, mais ce nom est évidemment d'usage courant et se trouve dans tous les dictionnaires encyclopédiques et autres ouvrages de référence. En revanche, les dérivés vidourlade et vidourlé ne sont attestés nulle part dans notre documentation. Cependant, ils existent bien puisqu'ils sont employés et compris localement. Vous pouvez donc les employer, mais je vous conseille, comme on le fait généralement quand on a recours à un mot d'usage dialectal, local ou régional, de les mettre en italique, et de les définir au fil de la phrase la première fois que vous les citez. » (Réponse de l'Académie Française. 31/01/2003).
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| |  HISTOIRE ET ARCHEOLOGIE AUTOUR DU VIDOURLE |  | Les recherches archéologiques et historiques conduites ces dernières années ont considérablement enrichi la connaissance des conditions de développement dans la vallée du Vidourle. L'attraction qu'exerce la vallée se manifeste dès le Néolithique, dont les habitats s'établissent en chapelet le long du lit majeur du fleuve. Les fouilles ont mis au jour une série d'habitats ou de lieux de travail aujourd'hui masqués par les manteaux alluviaux.
Aux âges du Fer s'impose encore une dense occupation des vallées et du littoral, vecteur d'ouverture vers les échanges méditerranéens. C'est à partir du Ier s. avant J.-C. que l'on constate de premiers dépôts alluviaux sensibles dans la ville d'Ambrussum, oppidum-relais sur la voie Domitienne qui franchissait là le Vidourle.
La voie d'eau conserve son importance jusqu'au Moyen-Âge puisque Lunel aménage un port communiquant avec la lagune au moyen de canaux. Ces installations portuaires posent la question de l'évolution des fonds lagunaires, de moins en moins ouverts aux navires. Mais encore au XVIe siècle, l'axe commercial et de communication, reste la lagune.
La première entreprise de mise en valeur concertée du territoire se fait jour peu après la conquête romaine, lorsque émergent des réseaux d'établissements couvrant l'ensemble du territoire. Un second "front pionnier" s'identifie au Ier s. après J.-C., mais avec désormais une prédilection pour la plaine médiane, en retrait du littoral et à distance des deltas. Nouvelle vague de créations au Ve siècle, avec alors une nette prédilection pour le littoral des étangs et les lits fluviaux, dans le cadre de terroirs humides où sont alors creusés des kilomètres de fossés de drainage. La dynamique de ces terroirs fluviaux s'accentue durant le haut Moyen-Âge. Parfois même dans l'actuel lit majeur du fleuve, ces habitats paysans s'enracinent et ne disparaissent, très graduellement, qu'aux XIIe et XIIIe siècles. L'un d'entre eux, Dassargues, fouillée près de Lunel, éclaire les conditions de cette désertion.
Chemins, vignes et champs sont toujours cultivés au XIIIe siècle, malgré le début de dépôts alluviaux qui vont s'amplifier jusqu'à la fin du Moyen-Âge et au delà, faisant disparaître les anciens fossés mais sans parvenir à effacer la trame parcellaire qui transparaît encore du cadastre actuel. Ces dépôts en brusque recrudescence, on peut en trouver l'origine dans le mouvement de défrichement des collines de l'arrière-pays. Jusqu'alors presque vide d'occupants, ce secteur est marqué par la naissance de nouveaux villages aux XIIe et XIIIe siècles. Près de l'un de ces nouveaux habitats, Saint-Félix-de-Sinistrargues, une fouille a révélé les effets d'une mise en culture au XIIe siècle : rigoles de ruissellement et mise à nu du rocher, puis la réponse et l'adaptation du système agraire : construction de terrasses de soutènement au XIIIe siècle. Ces terrasses, avec leurs réfections et leurs extensions successives, dictaient encore la mise en valeur de cette région collinaire à la fin du XXe siècle. L'équilibre était trouvé, jusqu'aux remembrements en cours, dont on attend les effets ...
M. Claude RAYNAUD, Archéologue, Chargé de recherche CNRS, UMR 154. |
| |  LE BAS VIDOURLE : Frontière ou trait d'union ? |  | Malgré les difficultés du franchissement du Vidourle pendant des siècles, longtemps la population de Marsillargues, dont le territoire jouxte le cours inférieur du fleuve côtier dans la plaine, a eu des liens beaucoup plus étroits avec les communautés situées au-delà du lit, vers l'est, qu'avec celles situées sur le même côté. Cela se traduisait, sur le plan religieux, pour les catholiques par le rattachement au diocèse de Nimes tandis que les réformés faisaient partie de ce grand ensemble protestant qui aujourd'hui encore s'étend dans ce qui est devenu le département du Gard. De même, du point de vue socio-économique, les agriculteurs marsillarguois disposaient de nombreuses parcelles dans le territoire d'Aimargues et de vastes exploitations dans celui de Saint Laurent d'Aigouze. C'est au delà du Vidourle que les ménagers aisés allaient tenter leur chance en prenant en fermage de grands mas. Les tisserands, longtemps nombreux dans le bourg, dépendaient de la place de Nimes et se refusaient à se mettre au service de celle de Montpellier. Enfin, pour prendre mari ou femme, c'était dans les villages de la rive gauche du Vidourle, que marsillarguoises et marsillarguois allaient de préférence dénicher l'âme sœur. Et c'est encore chez les commerçants de Nîmes, bien plus que chez ceux de Montpellier, qu'ils allaient faire leurs emplettes.
On pourrait avancer bien des hypothèses – gratuites – pour expliquer ce qui a priori apparaît surprenant. Toutefois, on peut considérer que c'est le Vidourle qui est à l'origine de cette situation paradoxale. Car si le fleuve a constitué un obstacle redoutable pour la circulation jusque dans un passé assez récent, c'est lui qui a soudé Marsillargues à cet ensemble de la Petite Camargue qu'il a créé, aidé par le Vistre, de ses alluvions, avec une communauté d'intérêts, de coutumes, de culture entre les divers établissements humains qui la composent.
M. Max DAUMAS, Agrégé de géographie, ancien Professeur des Universités, auteur d'ouvrages historiques sur Marsillargues.
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| |  LE BASSIN DU VIDOURLE |  | « Le Vidourle prend naissance sur le revers septentrional de la montagne de la Fage, dans la commune de Saint-Roman-de-Codières, arrondissement du Vigan. Sa source assez abondante sort de terre à une altitude de 499 mètres entre le lias et les marnes triasiques. Cette rivière passe à Saint-Hippolyte du Fort, Sauve, Quissac et se dirige d'abord du Nord-Ouest au Sud-Est jusqu'au dessous du village de Sardan où la colline de Quillan la force à se replier sur elle-même et fait prendre à son cours une direction diamétralement opposée. Elle coule ainsi du Sud au Nord pendant 3 kilomètres jusque près du village de Vic-le-Fesq, d'où elle redescend parallèlement à sa direction première. Le Vidourle se dirige dès lors au Sud, entre dans l'arrondissement de Nîmes vers l'extrémité nord de la commune de Lecques, sépare ensuite, un peu au dessous de la ville de Sommières, le département du Gard, de celui de l'Hérault et se jette enfin dans la mer par le Grau-du-Roi, après avoir traversé le canal de la Radelle et l'étang du Repausset. La longueur de son cours est d'environ 85 kilomètres. Pendant l'été le lit du Vidourle, au dessus de Sauve, se trouve complètement à sec : à 5 kilomètres en amont de cette ville, près des ruines du château de la Roquette, une bande de calcaire oxfordien laisse s'infiltrer à travers les nombreuses fissures que présentent ordinairement cette roche, les eaux de la rivière qui, après un assez long trajet souterrain, viennent se réunir aux infiltrations pluviales de la montagne de Coutach et donnent naissance à la belle fontaine de Sauve. Ce fait paraît incontestable, puisque, bien qu'il n'ait pas plu sur Coutach, lorsque le Vidourle est trouble, les eaux de la source le sont aussi ; elles ne redeviennent claires que lorsque le Vidourle a repris sa limpidité. Les principaux affluents du Vidourle sont : Sur la rive gauche : Valestalière, à Figaret près de Saint-Hippolyte du Fort. Lagal. Crespenou à Sauve. Banassou, près le mas Lévesque. Crieulon, petite rivière à Orthoux. Courme et Doulibre à Vic-le-Fesq. Brié près de Fontanès. Aigualade vis à vis de Salinelles. Corbières et Rieu d'Aubais. Sur la rive droite : Faissière. Valatoujès, à Figaret près de Saint-Hippolyte du Fort. L'Argentesse à Saint-Hippolyte du Fort. Vallat de Salle de Gours vis à vis la Roquette. Dartigue ou Rieu Massel à Sauve. La fontaine de Sauve. Vallaguière à Quissac. Brestalou près de Sardan. Quiquillan ou Coquilhan à Lecques. La Fontaine à Salinelles. Fontanieu petit ruisseau à Coulès. Bénovie à Boisseron (Hérault).
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