HOMMAGE A HENRY DE JUSTAMOND, PERSONNAGE TRISTEMENT CELEBRE PAR MICHEL GALAS.


Rédigé par Michel GALAS, publié le 03/06/2008.

Protection des droits des auteurs de la base Mérimée, des notices et des images :
Aucune exploitation, notamment la diffusion et la reproduction, intégrale ou par extrait, autre que celle prévue à l'article L.122-5 du Code de la propriété intellectuelle, de la base de données, des notices et des images de ce site ne peut être réalisée sans autorisation préalable du ministre chargé de la culture ou, le cas échéant, du titulaire des droits d'auteur s'il est distinct de lui, sous peine de poursuites pour contrefaçon en application de l'article L.335-3 du Code de la propriété intellectuelle.

Copyright (C) 2008. Tous droits réservés.

HENRY DE JUSTAMOND ( 1683 - 1735 )


Henry de Justamond naît en 1683 à Marsillargues, décède le 11 février 1735 à l'age de 52 ans à Sainte Suzanne, (ile de La Réunion, issu d'une famille protestante).
Garde-magasin de la Compagnie des Indes Orientales, puis Gouverneur par interim de l'île Bourbon (île de la Réunion-Océan indien) du 4 décembre 1715 au 14 fevrier 1718 , il se marie à Luce Payet (1695- 1765) le 5 juillet 1712 à Saint-Paul, île de La Réunion (notons que Luce Payet fut marié précédemment à Pierre Boucher d' où naquis un enfant Pierre)
Avec Henry elle aura 5 enfants : Marie, Henry, Catherine, François et Jacques qui décèdera l'année de sa naissance en 1721.


Un intérimaire complexe (mandat du 13ème gouverneur)

Gouverneur de La Réunion est la fonction qu'exerçait autrefois les gouverneurs de l'ancienne îles Bourbon sous le nom de Gouverneur de Bourbon puis ceux de l'actuelle île de La Réunion avant qu'elle ne devienne un département d'outre-mer français en 1946 .

Pourquoi le nom de JUSTAMOND fit attaché au développement de la culture du café en provenance de Moka dans l'île ?!!!
En bon vieux serviteur obscur et efficace de la Compagnie  il obtient sans état d'âme la prise de possession de l'lsle de France le 20 septembre 1715 et remplaçât Antoine Parat de Chaillenest, en mission en France.
Il eut les pleins pouvoirs pour gouverner le 14 novembre 1715, mais n'assuma ses fonctions de gouverneur de l'île Bourbon que le 4 décembre 1715. Ce même jour, suite à l'introduction à Bourbon de 6 plants de café du Yémen, le café MOKA. Il mis a profit sa première apparition officielle, et convoqua le Conseil Provincial.

Il fit décider que tout homme de la colonie, blanc ou noir de plus de 15 ans planterait 100 plants de café (caféiers) qu'il irait chercher dans la foret.
Ayant obtenu la promulgation de l'édit d'août 1717 portant création de la nouvelle Compagnie des Indes. Il paraît insensible aux événements qui auront une incidence sur son destin.
Les 2 000 habitants persistent à croire en ce café Bourbon ou café marron à l'arôme sauvage. Mais la clientèle européenne fait la moue et lui préfère le café des Antilles - du vrai café d'Arabie.
Le 14 février 1718 il cède ses fonctions au nouveau gouverneur Joseph Beauvollier de Courchant.
C'est Desforges Boucher qui va faire l'éloge de Justamond lors de la cérémonie d'installation du Conseil Supérieur le lundi 18 septembre 1724.
Boucher alors gouverneur ne manquera pas de témoigner ses regrets "sur la perte que la Compagnie faisait d'un si bon sujet". Discours de complaisance usuel marquant le départ des vieux serviteurs ?
Les deux hommes se connaissaient bien.
Boucher faisait partie de l'équipe de Beauvollier pour l'Opération Café avec Champion et Duronguët le Toullec. Ces hommes vont relayer les efforts de Justamond en créant une pépinière de 7 800 plants café d'Arabie à St-Paul.

Extrait du livre : Les esclaves de Bourbon la mer et la montagne.

Cliquez pour agrandir l'image

Ecrits de Prosper Eve qui s'appuient sur les registres tenus par le procureur fiscal (1704-1710) ADR.C°2791, arrêt du 2 janvier (1706) ADR.C°2791, du 14 juillet 1706, arrêt concernant Jean Bengalle (1706) ADR.C°2701, ADR.C°1 f°27 et ADR.C°1 f°33.


Chapitre : La fuite par mer, espoir pour une minorité d'esclaves malgaches déterminés et calvaire pour le pouvoir colonial.

"[…] Les esclaves qui ont passé le moins de temps en mer pour arriver à Bourbon et qui sont les plus réfléchis et désespérés bornent leurs rêves à regagner Madagascar. Ils se jettent en pleine mer dans des embarcations creusées dans un tronc de tacamaca ou dans des canots volés, la fuite par la mer, la nuit. […] Repris Joseph doit être châtié de coups de chabouc par tous les esclaves du quartier Saint-Paul le 4 janvier, jour de l'exécution de la peine de Jean, et porter la chaîne pendant deux mois. Il doit pendant cette période être mis au carcan fêtes et dimanche pendant le service divin et au bout de ce temps être châtié de nouveau par tous les esclaves du quartier. Le 14 juillet 1706, Marc et Henry esclaves de Pierre Parny sont accusés d'avoir voulus tuer François Boucher, se saisir de ses armes et fuir dans un canot, sont condamnés le premier à être pendu et étranglé jusqu'à ce que mort s'en suive et le second à subir la même peine que Joseph. Jean Bengalle qui récidive l'année suivante est à nouveau accusé le 17 octobre 1707 d'avoir voulu quitter Bourbon pour se rendre cette fois à l'île Maurice. Il doit être fustigé par tous les esclaves du quartier et porter la chaîne pendant cinq ans. Son complice Jean Tunon, esclave de François Payet, doit également recevoir des coups de chabouc de tous les esclaves du quartier. En 1714, tous les canots en état de tenir la mer doivent être rassemblés sur la plage en un endroit surveillé par un garde armé. L'ordonnance du 3 janvier 1716 du gouverneur JUSTAMOND (1715-1718) interdit d'entretenir sur l'étang de Saint-Paul des embarcations ayant une quille, c'est-à-dire en état d'être mis à la voile. Les canots sans quille doivent être tenus à la chaîne devant la maison du propriétaire. Ceux qui peuvent affronter la mer doivent être groupés au mât du pavillon entre quatre piquets sous la garde de trois hommes. […] "

LUCE PAYET VEUVE DE HENRY DE JUSTAMOND


C'est en 1761 quelques années avant sa mort que nous retrouvons trace de la veuve de Henry Justamond, Luce Payet.

La production de soieries connaissait alors une progression spectaculaire en France métropolitaine : entre 1720 et 1778, le nombre de métiers à tisser tripla à Lyon. La Compagnie des Indes orientales, qui avait reçu Bourbon en fief de la monarchie, en 1665, initia donc à Bourbon cette nouvelle production ; En 1761, Luce Payet saisi le Conseil Supérieur (notons que Desblotières et Justamond viennent de régions métropolitaines " soyeuses ") : après avoir planté du mûrier, et " éduqué " des vers à soie, elle demandait à la Compagnie de lui fournir pour ce travail des noirs qu'elle paierait par les bénéfices de sa production. Quelques mois plus tard, les esclaves demandés étaient accordés.
La Compagnie favorisa ainsi l'activité séricicole pendant une vingtaine d'années. Mais il n'y eut pas véritablement de décollage de la fabrication de soie, et ces tentatives semblent avoir cessé quand la Compagnie, en faillite, eut rétrocédé l'île à l'administration royale (1764/1767) ; d'ailleurs, à partir de 1778, l'industrie séricicole française connut une grave crise, ce qui explique aussi que l'intérêt porté à la soie ait disparu de Bourbon.

SYNTHESE PERSONNELLE


J'ai souhaité brosser le portrait de Henry de Justamond en soulignant les vicissitudes de l'histoire de la France et de son île comptoir sur l'océan indien.

A cette époque le Conseil supérieur où la Compagnie était représentée par un greffier, un notaire…Ils remplissaient des fonctions qui n'ont rien de semblables avec celles que nous connaissons aujourd'hui…  Le personnage central qui était dépositaire de la justice, de la sécurité, de la vie et de la mort… Etait le Gouverneur, en son temps (1715-1718) Henry de JUSTAMOND dû assumé cette lourde tâche, quelques années auparavant il fut notaire dans cette même île, il connaissait donc l'emploi qui était relatif à ses futures fonctions. Cela n'engage que ma propre interprétation restrictive, mais à la vue des faits que l'histoire nous contes, je ne peu que classer ces colons dans les personnages tristement célèbres. N'oublions jamais que des mains de ces bourreaux les esclaves étaient marqués au fer chaud d'une fleur de lys sur l'épaule, stigmate qui étaient infligées à ces pauvres diables parce qu'ils avaient tentés de recouvrer leurs libertés. Ils portaient des chaînes pendant de longs mois. Pendant ce laps de temps, il devaient être mis au carcan fêtes et dimanche pendant le service divin.  Vous devez savoir que le procureur général du roi n'était que très rarement consulté pour ainsi dire jamais en ce qui concerne les peines et les sanctions. La perspective de la mort n'est rien pour ces êtres qui n'ont justement plus rien. Les projets dénoncés et non exécutés sont sévèrement punis par cette pseudo justice. Ma pensée va à Dominique, esclave malgache de la Compagnie des Indes. Le gouverneur était convaincu que Dominique était l'auteur et le chef d'un complot visant à enlever une pirogue de son employeur pour s'enfuir à Madagascar avec ses complices, qu'il comptait forcer le grand magasin de pierre du quartier Saint-Paul pour y subtiliser des armes ainsi que la case de bois rond pour y prendre de la poudre et des balles…Dominique sera condamné le 14 avril 1738 à être pendu et étranglé, son corps mort y restera exposé vingt-quatre heures, puis porté aux fourches patibulaires. Le même verdict sera prononcé deux jours plus tard contre Charles, esclave du sieur Guichard, qui fut accusé lui aussi d'avoir voulu participer à ce fameux complot.
Je vous accorde que j'ai plus d'indulgence pour les sélaciens qui sillonnaient les côtes à la recherche d'une nourriture facile que pour ces colons. En 1708 le directeur de la Compagnie Georges Hebert , rédigé un rapport : Il constatait que de nombreuses victimes femmes, enfants, hommes étaient happés par ces mâchoires de requins d'une puissance de 3 tonnes… Je déplore que ce rapport tentait plus de justifier d'autres cargaisons d'esclaves que d'alerter les autorités de la dangerosité de la mer à l'île Bourbon.

Pour finir, je vous livre quelques paroles d'un chant de liberté.

Cliquez pour agrandir l'image

" […] Moi fatigué de labourer la terre
Moi fatigué de recevoir des coups
Je ne veux pas attendre d'avantage
Et quand mes frères auront autant de cœur que moi
Je ne veux pas achever ma chanson
Car mâitre est là qui m'écoute
Et quand l'étranger sera parti
Avec bon maître qui vous frappe si fort
Moi vous dirai, mes camarades
Ce qu'il faut faire pour ne plus être esclaves […] "


Contactez l'auteur à contact@vidourle.frCopyright (C) 2008-2009. Tous droits réservés.