Rédigé par Internet Collectif, publié le 03/06/2008.
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 GUILLAUME DE NOGARET ( 1260 -1313 ) |  | Homme de loi, originaire du Languedoc, Guillaume de Nogaret fut d'abord professeur de droit romain à l'université de Montpellier et conseiller juridique de divers seigneurs, et notamment du roi de Majorque. Entré au service de Philippe le Bel vers 1292-1295, il s'entremit lors de l'achat par le roi de la part qu'avait dans la seigneurie de Montpellier l'évêque de Maguelonne, puis fut juge-mage de la sénéchaussée de Beaucaire (1294), conseiller du roi (1295) et garde du sceau (1307). Il dirigea en fait la politique royale après la mort de Pierre Flote (1302). Le roi l'anoblit par lettres dès 1299. La part la plus importante de son action politique est peut-être l'oeuvre quotidienne pour la défense, la préservation, la définition, voire l'extension des droits du roi à l'intérieur de son propre royaume. C'est là qu'il est, entre autres, le "légiste" du roi. Il s'y montra intransigeant et efficace, mais n'y conquit guère la popularité. On connaît davantage son rôle dans la lutte contre Boniface VIII et dans l'affaire des Templiers. Contre le pape, il infléchit la ligne politique de Flote, qui défendait contre le Saint-Siège le droit du roi à être maître dans son royaume, donc maître de son clergé; pour Nogaret, il s'agit surtout de défendre l'Église et le royaume contre un pape indigne; venu à la curie pour notifier à Boniface VIII un appel devant le futur concile - qui annulait toute sentence que pourrait rendre le pape contre le roi - et placer la personne du pape sous l'autorité de l'appelant, Nogaret se trouva mêlé au tumulte déclenché par une faction romaine (Anagni, 7 sept. 1303) et, par là, compromis avec les fauteurs de violence. Le pape mort, il entretint une lutte de plus en plus vaine contre la mémoire de celui-là; il multiplia les écrits pour se justifier, ce qui contribua à associer son nom au souvenir de l'attentat d'Anagni. Il fut implicitement inclus dans l'absolution négociée en 1311. L'affaire du Temple lui avait également servi de moyen de pression sur la papauté. Pour la petite histoire, le père et la mère de Guillaume de Nogaret auraient été brûlés par la Sainte Inquisition, car ils étaient hérétiques (ils étaient cathares). Ceci explique sans doute la haine de Nogaret envers la Papauté. Nogaret fut le premier homme d'État français qui fit appel à l'opinion publique, convoqua systématiquement des assemblées, fit répandre des pamphlets et lança une campagne de pétitions. L'offensive de 1303 contre Boniface est un modèle du genre. Mais Nogaret demeura souvent à l'arrière-plan, faisant parler ses hommes de confiance, parmi lesquels Guillaume de Plaisians. C'est ce dernier qui harangua la foule dans les jardins du palais et qui prit part à l'interrogatoire des Templiers. Nogaret mourut alors que la prépondérance dans la gestion de la politique royale était déjà passée au très réaliste Enguerrand de Marigny.
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|  LE PARCOUR DE GUILLAUME DE NOGARET "PRO REGE ET PATRIA " |  |
- 1260 Date présumée de la naissance de Guillaume de Nogaret, à Saint Félix de Camaran, près de Toulouse. Philippe le Bel monte sur le Trône.
- 1287 Date présumée du début de la carrière de Guillaume comme professeur de droit à Montpellier.
- 1290 Il devient tuteur des enfants mineurs de Raymond Gros, changeur de Montpellier.
- 1291 Juin : il achète une maison à Montpellier. Octobre : il acquiert la jouissance perpétuelle du "mas" de Tamarlet, près de Marsillargues (Hérault).
- 1294 Nommé juge-mage de la Sénéchaussée de Beaucaire.
- 1295 Nommé conseiller du Roi au Parlement.
- 1299 Anobli avec le titre de "Chevalier ès Lois".
- 1302 Devient Seigneur de Tamarlet.
- 1303 Le 7 septembre : dirige l'attentat d'Anagni contre le pape Boniface VIII (tentative d'enlèvement). Le 9 Septembre: est excommunié.
- 1304 Juillet : le roi l'établit Seigneur de Marsillargues. Le 27 Juillet : le roi l'établit Seigneur de Calvisson et de Vaunage (Gard). Le 18 mai : le roi lui donna la haute et basse justice des terres de Tamarlet, de Manduel, de Sainte-Marie, de Lésignan, de Redessan
- 1306 Philippe le Bel dessaisit la famille du Caylar de son fief et de son Château Saint Chaptes dans le Gard et l'attribue à Guillaume de Nogaret.
- 1307 Le 2 septembre : il est nommé Garde du Sceau Royal. Le 3 octobre : il arrête lui-même Jacques de Molay, Grand Maître des Templiers. (voir ci-dessous)
- 1308 Assiste aux États Généraux avec la procuration de huit des principaux seigneurs du Languedoc. Fait reconstruire le château de Marsillargues. Achète de nombreuses propriétés dans les environs de cette ville.
- 1310 Février : échange sa maison de Montpellier contre la "grange" de Livières, près de Calvisson. Il devient le principal Seigneur de toute la campagne qui s'étend depuis Nîmes jusqu'à la mer et au cours inférieur du Vidourle.
- 1311 Le 27 avril : relevé de l'excommunication par le pape Clément V. Pénitence : pèlerinage en Terre Sainte, sept pèlerinages en France et un autre à Saint-Jacques de Compostelle.
- 1313 Avril : il meurt à Paris. C'est son fils cadet Guillaume II qui hérite de la Seigneurie de Manduel. Le 28 Mai : plainte des consuls de Nîmes accusant Nogaret d'avoir empiété sur les droits du roi et gravement lésé leurs privilèges par les nouvelles coutumes qu'il levait dans sa baronnie de Manduel.
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|  PHILIPPE IV CONTRE LA PAPAUTE |  | Une fois arrivé sur le trône, en 1285, le nouveau roi trouva les caisses de l'État particulièrement amoindries, la croisade d'Aragon (qui fut un échec, comme nous l'avons vu précédemment.) ayant coûté très cher.
Philippe IV, désireux d'assainir les finances publiques, décida de s'en prendre aux personnes détenant le plus d'argent : les juifs, les banquiers lombards, et l'Église (rappelons que les ecclésiastiques étaient alors exempts d'impôts.). Quelques années après, le roi s'attaqua aussi aux riches chevaliers de l'ordre du Temple, appelés aussi les Templiers.
Très rapidement, le pape Boniface VIII s'indigna des attaques portées par le roi de France contre le clergé. Cependant, étant alors en plein conflit avec les Aragonais de Sicile et avec la famille Colonna, le pape dut reconnaître la perte des biens ecclésiastiques (c'est à la même époque, en 1297, que Boniface VIII canonisa Louis IX.).
Cependant, après avoir maté les Colonna, le pape décida de revenir sur sa précédente décision. En 1300, il publia une bulle pontificale, proclamant la supériorité du pouvoir spirituel sur le pouvoir temporel.
Cependant, Philippe IV ne l'entendit pas de cette oreille. En 1302, il décida de réunir un concile en France, afin de condamner le pape pour ses propos. En outre, il convoqua aussi une assemblée de nobles et de bourgeois parisiens à Notre Dame de Paris (il s'agissait de la première réunion des États Généraux, même si cette appellation n'était pas encore utilisée.).
En outre, afin de s'assurer du soutien de ses sujets, les légistes de Philippe IV n'hésitèrent pas à falsifier la bulle pontificale, la rendant injurieuse à l'égard du roi et de la France.
Les assemblées soutenant Philippe IV, ce dernier décida alors d'envoyer une petite troupe armée en Italie, commandée par Guillaume de Nogaret (ce dernier était un juriste, originaire du Languedoc.). Ce dernier avait comme mission de capturer le pape, et de le ramener en France afin de le juger et de le déposer.
Une fois arrivé en Italie en septembre 1303, Guillaume de Nogaret rencontra les Colonna, qui étaient toujours farouchement opposés au pape. Sciarra Colonna, un des membres de la famille, décida de se joindre à la troupe française, accompagné de ses hommes.
Formant dorénavant une escouade de plus d'un millier d'hommes, Guillaume de Nogaret et Sciarra Colonna avancèrent vers Anagni, ville où s'était réfugié le pape après avoir entendu que les Français étaient à sa recherche (il s'agissait aussi de sa ville de naissance.).
Lorsque Nogaret et Colonna rentrèrent dans le palais épiscopal, ils s'aperçurent que le pape avait été abandonné par ses partisans. Boniface VIII, assis sur son trône, déclara voici ma tête, voici ma tiare ; je mourrai, certes, mais je mourrai pape. Selon certains écrits, Sciarra Colonna, furieux contre le pape, aurait giflé ce dernier avec son gantelet de fer, le faisant tomber à terre.
Boniface VIII fut alors fait prisonnier par la petite troupe. Cependant, les habitants de a ville, honteux et confus d'avoir abandonné le pape, décidèrent de contre attaquer : ils chassèrent les Français et libérèrent le pape. Cependant, ce dernier mourut un mois après, atteint de folie, sans doute ébranlé par sa dure captivité.
Suite à l'attentat d'Anagni, beaucoup se rendirent compte qu'il valait mieux ne pas s'opposer au roi de France. Suite à la mort du pape, il y eut une année d'interrègne (les cardinaux italiens et français s'opposant sur le choix du nouveau pape.).
Finalement, le Français Clément V qui fut élu (il fut le premier pape à s'installer dans le Comtat Venaissin, imité ultérieurement par ses nombreux successeurs.).
Le nouveau pape, allié du roi de France, fut donc d'une aide précieuse à Philippe IV, lors de son conflit contre l'ordre du Temple. |
|  LE PROCES DES TEMPLIERS |  | Après la défaite d'Acre, et une forte insistance de Philippe le Bel, Clément V veut fusionner l'ordre du temple avec l'ordre des hospitaliers. Ces deux ordres étant à cette époque les plus importants d'Occident, il rencontre une forte opposition des deux ordres. Plusieurs entrevues se font. Philippe le Bel a constamment besoin d'argent. Il a déjà dépensé l'argent confisqué aux juifs et aux banquiers lombards, alors, il y a urgence ! Mais le Grand Maître Jacques de Molay s'entête, les Hospitaliers ne bondissent pas de joie non plus, donc le projet ne se concrétise pas. Durant l'été 1306, Jacques de Molay donne son opinion au Pape Clément V sur le projet de fusion : l'argumentaire du Grand Maître n'a qu'un seul but non avoué, garder une place qui risque de lui échapper. Philippe le Bel décide alors d'en finir avec les Templiers. Il confie l'affaire à son âme damnée, Guillaume de Nogaret. Celui-ci souhaite, suite à sa compromission dans l'attentat d'Anagni contre le précédent Pape, bénéficier d'une réhabilitation vis à vis de la chrétienté. Le 13 octobre 1307 a lieu la tout première rafle policière d'envergure. Philippe le Bel à fait porter des lettres closes aux baillis et sénéchaux de son royaume. Au jour indiqué, et le 13 octobre, la France arrêta les Templiers et confisque leurs biens. Le même jour, à la même heure, trois mille commanderies ont la visite des agents du roi.
Guillaume de Nogaret arrête Jacques de Molay lui-même.
Hors du royaume, cette politique du fait accompli ne fut guère appréciée. Philippe le Bel invite, le 16 octobre, les souverains européens pour les encourager à en faire autant. Les attitudes ont été partagées. Le pape est officiellement scandalisé, officieusement soulagé d'un grand poids, même si il sait que le véritable enjeu est l'autorité pontificale et que le roi s'attaque à son bras armé.
Pour la forme, il écrit au roi le 27 octobre :
"Votre conduite impulsive est une insulte contre nous et contre l'Eglise romaine."
Ce qui ne l'empêchera pas, le 17 novembre 1307, d'ordonner l'arrestation des Templiers et la mise de leurs biens sous tutelle de l'Eglise, sous réserve d'un procès ecclésiastique. Il faudra neuf mois pour que l'ordre du pape soit appliqué dans toute la chrétienté. Tout le monde a obéi, mais à part la Flandre et les pays influencés par elle, cela a été de mauvais gré. Du 19 octobre au 24 novembre 1307, cent trente-huit Templiers de Paris et des environs sont soumis à la « question ». Trente-six prisonniers mouront sous la torture, et trois seulement nient les crimes reprochés, ce qui est tout de même un exploit vu raffinement de cruauté déployé par l'Inquisition et de la police du roi. Philippe le Bel est soucieux d'en finir au plus vite. Le 25 mars 1308, convoque des états généraux à Tours du 10 au 12 mai 1308, afin d'inciter le peuple à exiger la condamnation des Templiers. Du 27 juin au 1er juillet, comparaissent devant Clément V septante-deux Templiers. Ils avouent ce que l'on leur a dit d'avouer, dans la crainte d'être condamnés comme relaps. Le pape demande à interroger les principaux hauts dignitaires, mais il lui est répondu que ceux-ci sont hors d'état d'être transportés. Le pape fait approuver le 3 avril 1312, la bulle Vox in excelso qui ordonne la dissolution du Temple. Mais le 12 mai de la même année sort une seconde bulle, Ad providam, qui attribue à l'ordre des Hospitaliers les biens de l'ordre du Temple, dans le but de mettre hors de portée le butin des convoitises royales. Du fond de sa geôle, Jacques de Molay nourrit encore quelques espoirs.
Il pense naïvement que Clément V sera le juge souverain du Temple, et qu'il fera preuve de clémence, malgré ses trahisons et abandons successifs. Le dimanche 17 mars 1314, les quatre dignitaires, Jacques de Molay; Geoffroy de Charnay, Geoffroy de Gonneville et Hugues de Pairaud, sont extraits du donjon de Gisors pour entendre la sentence de la commission pontificale Le lundi 18 mars 1314, la foule est rassemblée autour de l'échafaud depuis l'aube. On espérait que Jacques de Molay allait à nouveau se déshonorer et qu'après cette cérémonie, le Temple tomberaient dans l'oubli. De Molay et les trois autres Templiers sont condamnés à la prison à perpétuité. Coup de théâtre ! de Molay rétracte ses aveux arrachés sous la torture, clame son innocence et celle de l'ordre. On tente de le faire taire, mais Geoffroy de Charnay prend le relais, et mieux, charge les commissaires de reproches. "Il est bien juste que dans un si terrible jour, dans les derniers moments de ma vie, je découvre toute l'iniquité du mensonge et que je fasse triompher la vérité. Je déclare donc, à la face du ciel et de la terre et j'avoue, quoiqu'à ma honte éternelle, que j'ai commis le plus grand de tous les crimes, mais ce n'a été qu'en convenant de ceux qu'on impute avec tant de noirceur à un ordre que la vérité m'oblige de reconnaître aujourd'hui pour innocent. Je n'ai même pas passé la déclaration qu'on exigeait de moi que pour suspendre les douleurs excessives de la torture et pour fléchir ceux qui me les faisaient souffrir. Je sais les supplices qu'on a fait subir à tous ceux qui ont eu le courage de révoquer une pareille confession ; mais l'affreux spectacle qu'on me présente n'est pas capable de me faire confirmer un premier mensonge pas un second ; à une condition si infâme, je renonce de bon cœur à la vie, qui ne m'est déjà que trop odieuse. Que me servirait de prolonger de tristes jours, que je ne devrais qu'à la calomnie." Les deux hommes sont aussitôt rejetés en prison. Philippe le Bel, ivre de rage, passe par-dessus la tête du pape et condamne les deux Templiers au bûcher comme relaps.
Le soir même, Jacques de Molay et Geoffroy de Charnay sont conduits sur l'île aux juifs, face au palais royal. Le Maître se dépouille lui-même de ses vêtements, le visage serein. Il demande à être tourné vers Notre-Dame : "En elle et en son honneur seront, s'il plaît à Dieu, la fin de nos vies et la fin de noter religion, quand il plaira à Dieu que ce soit." Règle du Temple
Dévoré par les flammes Molay aurait crié, selon les versions : "Les corps sont au Roi de France, mais les âmes sont à Dieu !"
Philippe Le Bel aura fini de perdre sa crédibilité. La noblesse et le clergé humiliés réclament sa tête. A l'étranger, la réprobation est unanime. Et le trésor royal est toujours au plus bas, car le trésor des Templiers ne sera pas retrouvé !. L'anathème lancé par le 22ème grand maître de l'Ordre du Temple semble en tout cas avoir être efficace.
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|  LA MALEDICTION DU GRAND MAÎTRE |  |
« Pape Clément… chevalier Guillaume de Nogaret… roi Philippe… avant un an, je vous cite à paraître au tribunal de Dieu pour y recevoir votre juste châtiment !… Maudits ! Maudits ! vous serez tous maudits jusqu'à la treizième génération de vos races !… » |
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